Philosophie

Si cela finit toujours par s'imposer comme une évidence pour qui fait l'effort de creuser la question, il est assez désespérant de voir à quelle place nos sociétés "développées" ont relégué ce problème.
La majorité des humains ayant aujourd'hui accepté l'idée d'intégrer les membres de leur espèce dans leur sphère morale, je préfère concentrer mes efforts là où cela dérange et là où il y a le plus de travail. Le risque étant d’avoir raison trop tôt et de faire rire les imbéciles, mais comme disait Zola : "La cause des animaux passe avant le souci de me ridiculiser".

Avant de passer pour un illuminé isolé, je tiens tout de même a présenter quelques personnes  ayant atteint ce genre de reflexion :

Milan Kundera

«Il n'y a aucun mérite à bien se conduire avec ses semblables. [...] On ne pourra jamais déterminer avec certitude dans quelle mesure nos relations avec autrui sont le résultat de nos sentiments, de notre bienveillance ou haine, et dans quelle mesure elles sont d'avanc conditionnées par les rapports de force entre individus.

La vraie bonté de l'homme ne peut se manifester en toute pureté et en toute liberté qu'à l'égard de ceux qui ne représentent aucune force. Le véritable test moral de l'humanité (le plus radical, qui se situe à un niveau si profond qu'il échappe à notre regard), ce sont les relations avec ceux qui sont à sa merci: les animaux. Et c'est ici que s'est produite la faillite fondamentale de l'homme, si fondamentale que toutes les autres en découlent.»

Dans L'Insoutenable légèreté de l'être

Léonardo di Ser Piero da Vinci

"J'ai rejeté la viande depuis très tôt dans mon enfance, et le temps viendra où les hommes, comme moi, regarderont le meurtre des animaux comme ils regardent maintenant le meurtre de leurs semblables."
Citation de Léonard de Vinci, attribué par Dimitri Merejkovski dans "Le roman de Leonard de Vinci"

« La simple idée de permettre l'existence de souffrance inutile, et encore plus celle d'enlever la vie, était quelque chose qu'il détestait. »
L'Esprit de Léonard de Vinci (1928), Edward MacCurdy

« Léonard aimait tant les animaux qu'il est devenu végétarien. »
En découvrant la vie de Léonard de Vinci, traduction de 1991, Serge Bramly

 

Einstein

 “En plus d'adhérer à ses principes éthiques et moraux, je considère que la façon de vivre végétarienne, par son action purement physique sur la nature humaine, influerait de façon très bénifique sur la destinée de l'humanité."

Lettre au “Vegetarian Watch-Tower” 27 dec. 1930.

"Je ne mange plus de gras, ni de viande, ni de poisson mais je me sens trés bien ainsi. J'ai toujours pensé que l'humain n'était pas destiné à être carnivore"

Lettre à Hans Muehsam, le 30 mars 1954

 

Tolstoï

Léon Tolstoï adopta une diète végétarienne en 1885. Il préconisa le "pacifisme végétarien" et prona le respect de la vie sous toutes ses formes même les plus insignifiantes. Il écrit qu'en tuant les animaux "l'homme réprime inutilement en lui-même la plus haute aptitude spirituelle - la sympathie et la pitié envers des créatures vivantes comme lui - et qu'en violant ainsi ses propres sentiments, il devient cruel"(1). Il considérait par conséquent que la consommation de chair animale est "absolument immorale, puisqu'elle implique un acte contraire à la morale: la mise à mort"(2).

(1)The morals of diet, or, the first step Léon Tolstoï, 1900 (ASIN: B0008CODQW)
(2)Writings on Civil Disobedience and Nonviolence Léon Tolstoï, 1987 (ISBN: 0865711097)

Isaac Bashevis Singer

« Tout ce verbiage sur la dignité, la compassion, la culture ou la morale semble ridicule lorsqu’il sort de la bouche même de ceux qui tuent des créatures innocentes, pourchassent des renards que leurs chiens ont épuisés, ou même encouragent l’existence des combats de taureaux et des abattoirs. Toutes ces explications, selon lesquelles la nature est cruelle et donc nous sommes en droit d’être cruels, sont hypocrites. Rien ne prouve que l’homme soit plus important qu’un papillon ou qu’une vache. Je considère le fait d’être devenu végétarien comme la plus grande réussite de ma vie. Je ne prétends pas sauver beaucoup d’animaux de l’abattoir, mais mon refus de manger de la viande est une protestation contre la cruauté… Personnellement, je ne crois pas qu'il puisse y avoir de paix dans ce monde tant que les animaux seront traités comme ils le sont aujourd’hui ».

 

"Pour ces créatures, tous les humains sont des nazis ; pour les animaux, la vie est un éternel Treblinka." »

Isaac Bashevis SINGER, The Letter Writer

Alphonse de Lamartine

"Ma mère était convaincue, et j'ai comme elle cette conviction, que tuer les animaux pour se nourrir de leur chair et de leur sang est une des infirmités de la condition humaine ; que c'est une de ces malédictions jetées sur l'homme soit par sa chute, soit par l'endurcissement de sa propre perversité. Elle croyait, et je le crois comme elle, que ces habitudes d'endurcissement de coeur à l'égard des animaux les plus doux, nos compagnons, nos auxiliaires, nos frères en travail et même en affection ici-bas ; que ces immolations, ces appétits de sang, cette vue de chairs palpitantes sont faits pour brutaliser et pour endurcir les instincts du coeur.

Elle croyait, et je le crois aussi, que cette nourriture (Carné), bien plus succulente et bien plus énergique en apparence, contient en soi des principes irritants et putrides qui aigrissent le sang et abrégent les jours de l'homme."

« Confidences », Livre IV

Plutarque

« Il (l'humain) mange de la viande sans y être poussé par la nécessité ou le manque de vivre puisqu'au fil des saisons il peut successivement moissonner, cueillir, engranger toutes sortes de végétaux et de céréales jusqu'à satiété ; mais le dégoût des nourritures naturelles et l'envie de plaisirs nouveaux le poussent à rechercher des aliments défendus, souillés par le meurtre des animaux, et il se montre alors bien plus cruel que les bêtes les plus féroces.»
« Comment ses yeux purent-ils souffrir de voir un meurtre ? De voir tuer ? Écorcher, démembrer une pauvre bête ?« Comment son odorat pu-t-il en supporter l'odeur ? Comment son goût ne fût-il pas dégoûté d'horreur, quand il vint à manier l'ordure des blessures, à recevoir le sang et le suc sortant des plaies mortelles d'autrui ? »
« Si lu veux t'obstiner à soutenir que la nature t'a créé pour manger telle viande, tue-la donc toi-même le premier, je dis toi-même, sans user de couperet ni de couteau, mais comme le font les loups, les ours et les lions qui, à mesure qu'ils mangent, tuent la bête.»

«Trois traités sur les animaux, Plutarque», éditions POL, 1992

Gandhi

« La grandeur d’une nation et ses progrès moraux peuvent être jugés par la manière dont elle traite les animaux »

« Je soutiens que l'alimentation carnée ne convient pas au genre humain. Nous avons tort d'imiter les animaux si nous leur sommes supérieurs. »

La Base morale du végétarisme, Gandhi

 

Montesquieu

"Je mettrais bien en question si les hommes ont gagné à la coutume de manger de la chair des animaux, au lieu de se nourrir de leur lait et des fruits de la terre. Je suis persuadé que la santé des hommes en a diminué. La viande a eu besoin d'être apprêtée ; il a fallu augmenter la salure et les ragoûts, d'ailleurs il faut que les pâturages s'emploient à nourrir des animaux qui doivent ensuite nourrir l'homme. Or, si l'homme se nourrissait du fruit de la terre, de la première main, le même pays nourrirait beaucoup plus d'hommes (...). Le grand nombre de gens qu'il y a à la Chine ne vient que de ce que la plupart du peuple y vit de riz ; ce qui fait qu'un champ peut nourrir un très grand nombre d'hommes."

"Mes Pensées" - III - Montesquieu - Hygiène et Médecine 709

Pythagore

"Pythagore et Empédocle, ainsi que tous les philosophes italiques, retiennent qu'il y a une communauté non seulement réciproque et vis-à-vis des dieux, mais aussi vis-à-vis des animaux qui n'ont pas le don de la parole. il y a en effet un seul esprit, comme une âme, répandu dans tout l'univers, et qui nous unifie avec eux. En les tuant et en se nourrissant de leurs viande, nous commetrions injustice et impiété, comme si nous tuions des consanguins ; d'où leur exhortation à s'abstenir des êtres animaux et leur affirmation que ces hommes "qui font rougir l'autel avec le chaud sang des bêtes" commettent une injustice."

De rep;, III, 11, 19 - Cicéron

Claude Lévi-Strauss

"Depuis une quinzaine d'années, l'ethnologue prend davantage conscience que les problèmes posés par la lutte contre les préjugés raciaux reflètent à l'échelle humaine un problème beaucoup plus vaste et dont la soluton est encore plus urgente ; celui des rapports entre l'homme et les autres espèces vivantes, et il ne servirait à rien de prétendre le résoudre sur le premier plan si on ne s'attaquait aussi à lui sur l'autre, tant il est vrai que le respect que nous souhaitons obtenir de l'homme envers ses pareils n'est qu'un cas particulier du respect qu'il devrait ressentir pour toute forme de vie.
En isolant l'homme du reste de la création, en définissant trop étroitement les limites qui l'en séparent, l'humanisme occidental hérité de l'Antiquité et de la Renaissance l'a privé d'un glacis protecteur et, l'expérience du dernier et du présent siècles le prouve, l'a exposé sans défense à des assauts fomentés dans la place-forte elle-même.
Il a permis que soit rejetées, hors des frontières arbitrairement tracées, des fractions chaque fois plus prochaines d'une humanité à laquelle on pouvait d'autant plus facilement refuser la même dignité qu'au reste, qu'on avait oublié que si l'homme est respectable, c'est d'abord comme être vivant plutôt que comme seigneur et maître de la création : première reconnaissance qui l'eût contraint à faire preuve de respect envers tous les êtres vivants."

Allocution à l'UNESCO en 1971

Jeremy Bentham

"Le jour viendra peut-être où le reste de la création animale acquerra ces droits qui n’auraient jamais pu être refusés à ses membres autrement que par la main de la tyrannie. Les Français ont déjà découvert que la noirceur de la peau n’est en rien une raison pour qu’un être humain soit abandonné sans recours au caprice d’un bourreau. On reconnaîtra peut-être un jour que le nombre de pattes, la pilosité de la peau, ou la façon dont se termine le sacrum sont des raisons également insuffisantes pour abandonner un être sensible à ce même sort.
Et quel autre critère devrait marquer la ligne infranchissable ? Est-ce la faculté de raisonner, ou peut-être celle de discourir ? Mais un cheval ou un chien adultes sont des animaux incomparablement plus rationnels, et aussi plus causants, qu’un enfant d’un jour, ou d’une semaine, ou même d’un mois. Mais s’ils ne l’étaient pas, qu’est-ce que cela changerait ? La question n’est pas : Peuvent-ils raisonner ? ni : Peuvent-ils parler ? mais : Peuvent-ils souffrir ? "

Introduction to the Principles of Morals and Legislation, Jeremy Bentham

 

Theodor W. Adorno

"Auschwitz commence lorsque quelqu'un regarde un abattoir et se dit : ce ne sont que des animaux"

Eternal Treblinka - Charles Patterson

Albert Schweitzer

« À mon avis nous devons nous engager pour la protection des animaux et cesser complètement de manger de la viande. Je le fais moi-même et c’est ainsi que bien des personnes deviennent attentives à ce problème qui a été posé si tard ».

Marguerite Yourcenar

"Tout comme Zénon, il me déplaît de "digérer des agonies" [...]. Je me dis souvent que si nous n'avions pas accepté, depuis des générations, de voir étouffer les animaux dans les wagons à bestiaux, ou s'y briser les pattes comme il arrive à tant de vaches ou de chevaux, envoyés à l'abattoir dans des conditions absolument inhumaines, personne, pas même les soldats chargés de les convoyer, n'aurait supporté les wagons plombés des années 1940-1945. Si nous étions capables d'entendre le hurlement des bêtes prises à la trappe (toujours pour leurs fourrures) et se rongeant les pattes pour essayer d'échapper, nous ferions sans doute plus attention à l'immense et dérisoire détresse des prisonniers de droit commun. Dérisoire parce qu'elle va à l'encontre du but qui serait de les améliorer, de les rééduquer, de faire d'eux des êtres humains."

Marguerite Yourcenar - Les yeux ouverts, 1980 - entretiens avec Matthieu Galey

Émile Zola

"Et je l’ai dit un jour, votre besogne est sainte, vous qui vous êtes donné la mission de protéger les animaux, par haine de la souffrance.
C’est à la souffrance qu’il faut déclarer la guerre, et vous parlez un langage universel, lorsque vous criez pitié et justice pour les bêtes."

Émile Zola, Paris 189 - Discours à la séance annuelle à la Société Protectrice des Animaux.

Henry Beston

"Nous avons besoin poser sur les animaux un regard plus sage et probablement, plus mystique. Eloigné de la nature universelle par de compliqués artifices, l'homme civilisé regarde les autres créatures à travers le prisme de son savoir et voit ainsi une plume agrandie ou une image toute déformée. Nous les traitons avec condescendance, pour ce destin tragique d'avoir pris forme si en-dessous de la notre.

Cependant nous sommes totalement dans l'erreur.

Car les animaux ne devraient pas être mesurés par l'homme. Dans un monde plus vieux et plus complexe que le notre, ils évoluent finis et complets, dotés de sens que nous avons perdus ou jamais atteint, écoutant des voix que nous entendrons jamais. Ils ne sont pas nos frères, ils ne sont pas nos subalternes : ils sont d'autres nations, emprisonnés avec nous dans le filet de la vie et du temps, nos compagnons de cellule de la splendeur et de la peine de la terre."

 

Henry Beston - The Outermost House

Jiddu Krishnamurti

Les êtres humains aiment tuer, soit les autres humains, soit les animaux qu'il s'agisse d'un daim des forêts aux grands yeux inoffensifs, ou d'un tigre venant d'attaquer le bétail. On écrase délibérément un serpent sur la route, on prend au piège les loups ou les coyottes. Des gens très bien vêtus et très gais s'en vont avec leurs précieux fusils tuer des oiseaux qui, l'instant d'avant, chantaient encore. Un jeune garçon tue un geai bleu caquetant avec un revolver à plomb et parmi ses aînés, nul n'a le moindre mot de pitié, et personne ne le gronde; tous, au contraire, le félicitent d'être si fin tireur. Tuer au nom du soi-disant sport, au nom de son pays ou de la paix, ou pour la nourriture - il n'y a pas de grande différence entre tout cela. Toute justification est vaine. Il n'est qu'une règle absolue : ne jamais tuer. Pour l'Occidental, les animaux n'existent qu'en fonction de son estomac, ou en vue du plaisir de tuer, ou simplement pour la fourrure qu'ils procurent. Et à l'Oriental, on enseigne depuis des siècles, à travers des générations, de ne pas tuer, d'avoir pitié et compassion envers les animaux. Ici les animaux n'ont pas d'âme, on peut les tuer impunément tandis que là-bas, ils en ont une, alors réfléchissez et laissez votre coeur connaître l'amour. Manger la chair des animaux est considéré dans toute une partie du monde comme normal et naturel, l'Eglise et la publicité nous y encouragent. Ailleurs il n'en est pas de même; les gens réfléchis et religieux n'en mangent jamais, la tradition et la culture s'y opposent. Mais cela aussi est en train de s'effondrer. En Occident, on a toujours tué au nom de Dieu et de la Patrie et il en est partout ainsi. La tuerie s'étend partout. Presque du jour au lendemain, les anciennes cultures sont balayées et l'efficience, la cruauté et tous les moyens de destruction sont soigneusement alimentés et renforcés.

La paix ne dépend ni de l'homme politique ni de l'homme d'Eglise non plus que de l'avocat ou du policier. La paix est un état d'esprit indissolublement lié à l'amour.

(Commentaires sur la vie, volume 2, J. Krishnamurti)

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