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Antarctique: les "pirates" attaquent des "scientifiques"

La Sea Shepherd Conservation Society est probablement l'ONG animaliste la plus connue. Dirigée par le charismatique Paul Watson, cofondateur de Greenpeace, elle s'illustre chaque année en allant affronter directement la flotte baleinière japonaise dans les eaux reculées de l'antarctique. Cette année, pendant 3 mois, les mers du pôle sud vont redevenir le théâtre de batailles navales des temps modernes où s'affronteront navires harponneurs, hors bords, hélicoptère et un engin aux allures de vaisseau spatial.  

Malgré le moratoire international de 1986, la chasse à la baleine n'a jamais vraiment cessé. Les japonais continuent à chasser les baleines sous des prétextes aussi convaincants que ceux de Colin Powel pour envahir l'Irak. Ainsi, chaque année depuis 20 ans, ce sont de 800 à 1000 baleines qui sont harponnées sous couvert de "recherches scientifiques" dont l'humanité attend impatiemment la première publication des résultats.

Ce zèle pour le bien de l'humanité pousse régulièrement la flotte baleinière à faire quelques intrusions dans des zones considérées comme des sanctuaires écologiques. Il se trouve que dans ces eaux internationales il y a des lois, mais personne pour les faire respecter. Les baleiniers japonais ont donc très longtemps profité de cette absence policière pour assouvir leur soif de savoir. Bien sur, il y a les bateaux de Greenpeace qui parfois viennent les déranger en faisant du bruit et en prenant des photos mais rien de vraiment dissuasif. Cette situation a changé au cours des six dernières années, un troisième laron c'est invité à la fête: la Sea Shepherd Conservation Society, et eux ne se contentent pas de protester, ils agissent concrètement.   
 
Les baleines sont les plus gros habitants de notre planète, on ne sait que peu de choses sur ces animaux si ce n'est que comme tous mammifères évolués, ce sont des êtres sensibles, intelligents et sociaux. Le cerveau d'un cachalot est d'ailleurs 7 fois plus volumineux que celui d'un être humain et inclue un quatrième lobe, il serait donc prétentieux de notre part de considérer ces animaux comme stupides. Ces mystérieux géants sillonnent les mers et les océans sur des milliers de kilomètres depuis plus de 50 millions d'années.
 
Les chasseurs de baleines représentent la plus puissante armada de l'antarctique, il disposent d'un navire amiral, le Nishin Marhu, et de plusieurs navires harponneurs arborant d'impressionnants canons à harpons à leur proue. L'argument parfois avancé de la culture et de la tradition pour justifier le massacre perd un peu en pertinence à la vue de ces modernes navires de guerre. Même avec beaucoup d'imagination il est difficile de faire un rapprochement convainquant entre ces derniers et les chétifs kayaks qui furent utilisés durant la majeure partie de l'histoire de la chasse à la baleine.
Il est en fait question d'une activité industrielle récente et lucrative qui a bien failli causer la disparition de certaines espèces avant que le moratoire international ne vienne y mettre un terme relatif.
 
Du coté des opposants, on retrouve Greenpeace qui envoie régulièrement l'Artic Sunrise et l'Esperanza protester. Ils prennent de nombreuses photos et rédigent des rapports sur les pratiques de baleiniers mais n'engagent jamais d'actions directes.
La Sea Shepherd Conservation Society embarque une cinquantaine de volontaires à bord du Steve Irwin ainsi que des hors bords et un hélicoptère. Leurs techniques consistent à envoyer des hors bords s'interposer physiquement et à jeter des boules puantes, fumigènes et autres joyeuseries sur le pont des baleiniers. Ils reçoivent en retour des jets d'eau haute pression mais aussi des flash bangs et Paul Watson aurait été la cible d'armes à feux. La proue du Steve Irwin est également renforcée pour l'éperonnage, ce qui arrive régulièrement.
Historiquement le Steve Irwin était a même de harceler le Nishin Marhu, mais ne pouvait pas rivaliser de vitesse avec les vaisseaux harponneurs. Cette année, cela pourrait bien changer.

La surprise du capitaine, c'est le Ady Gil (anciennement Earthrace, navire prototype utilisé pour promouvoir les agrocarburant), un futuriste trimaran inboard propulsé par deux moteurs de 540cc. Selon Paul Watson c'est "le genre de bateau que conduirait Batman".
Cette affirmation est à peine exagérée: à la base, ce bateau de 24 mètres détient le record de rapidité du tour du monde (60 jours), est capable d'atteindre les 100 km/h, de plonger sous des vagues de 7m et son autonomie peut atteindre plus de 23.000 km. Pour sa nouvelle carrière, les pirates végétaliens ont procédé à quelques modifications. Cet engin aux allures de vaisseau spatiale est désormais renforcé d'une armure de kevlar pour résister aux glaces et tirs de petits calibres (et supposément aux harpons) et a été recouvert d'une peinture déflectant les ondes radars.

Fidèle aux techniques des Sea Shepherds, ce bateau hors normes se retrouvera à de nombreuses reprises devant les canons à harpons japonais pour couvrir la fuite d'une baleine.


Ces actions, qui n'ont jamais été condamnées (les baleiniers, eux même dans l'illégalité, évitent prudemment les tribunaux) sont véritablement efficaces. C'est en grande partie grâce aux Sea Shepherds que les baleiniers n'ont pas atteint leur quota en 2008. Sur les 935 mammifères marins prévus, seul 679 ont pu être harponnés. Les conséquences économiques commencent d'ailleurs à se faire sentir au point qu'un arrêt de la chasse "scientifique" à la baleine pourrait être envisagé.
Gageons que le bien de l'humanité n'y perdrait pas grand chose.

Actias
Notes:
Cette année encore, les aventures des Sea Shepherds feront l'objet d'une des séries télévisées les plus controversées intitulée "Whale War" et diffusée sur Animal Planet. http://www.youtube.com/watch?v=UbROlabBfUU

Album photo de la dernière campagne : http://www.seashepherd.org/operation-musashi/photos.html

Incident de Folembray : La riposte des chasseurs de chasseurs

On se souvient de ce triste équipage qui avait poursuivi un cerf paniqué jusque dans le jardin d’un particulier où il avait été brutalement achevé devant des riverains révoltés. L’incident qui avait choqué la France entière avait été relayé par les principales chaines. Le même équipage, le « Rallye nomade », s’apprêtait ce samedi 15 mars à réitérer ce genre d’exploit, mais ils ont reçu une visite de courtoisie d’une cinquantaine de militants anti-chasse. 

 

Samedi 14 mars 5:30 du matin, rendez vous sur une porte du périphérique parisien. Une cinquantaine de personnes sont présentes, je reconnais l’écrivain Armand Farrachi, l’acteur David Sarfati ainsi que David Chauvet vice-président de l’association « Droit des Animaux», spécialiste en Hunt Sabotage.

 

Le Hunt Sabotage est une pratique née en Angleterre destinée à empêcher les chasses. Des techniques de traque, de dépistage, de camouflage et d’infiltration très élaborées ont étés mise au point et ont fini par payer : la chasse à courre, ne disposant d’aucun soutien populaire, a été abolie en Angleterre. Dans un meilleur esprit et afin de satisfaire tout le monde, des dérivés originaux ont même remplacé les chasses à courre : des sportifs animalistes prennent gentiment le rôle de l’animal et se font poursuivre par des équipages reconvertis dans la chasse à l’homme (sans mise à mort, cela va de soi). En France, El Dorado européen des tueurs d’animaux, il va être plus difficile de faire évoluer les choses.

 

6:00, des copilotes détenteurs des informations sur la route à suivre sont affectés dans chaque voiture afin de garder secret la destination le plus longtemps possible.

Je récupère deux charmantes amies des bêtes qui finiront leur nuit sur la route. Le cap est mis au nord où la troupe a rendez vous en pleine campagne avec un ancien chasseur qui a renseigné les organisateurs. Drôle de personnage qui courre les bois de sa région qu’il connaît par cœur, un vrai chasseur qui a remplacé son fusil par un appareil photo. La tactique est rapidement transmise à tout le monde : les chasseurs vont devoir sortir la meute à bord de camions, la vénerie fait partie d’un vaste domaine disposant de 3 sorties, le groupe se séparera donc en trois pour les bloquer.

 

La journée des chasseurs s’annonçait pourtant bien : la météo était plutôt agréable, des panneaux « chasse en cours » dispersés aux abords de la route et la meute prête à  sauter sur l’occasion de sortir de son misérable chenil. Ces chiens «de race» (c.à.d. à l’évolution artificiellement contrôlée par les hommes), passent la plupart de leur vie parqués dans de petits enclos. La chasse est donc très souvent leur unique occasion de sortie, et pour les chasseurs, c’est l’unique raison d’être de ces pauvres bêtes.

 

8:00 Les chiens ne sont pas encore sortis mais redoublent d’aboiement lorsque les antichasses prennent position pour bloquer les sortis du chenil. La gendarmerie est immédiatement appelée, mais il s’agit d’un rassemblement pacifiste … et une équipe de télévision, bientôt rejointe par des journalistes du Courrier Picard, est sur place. Les sorties du chenil ont été bloquées à temps et les chasseurs, recevant leurs instructions directement de la puissante AFEV (Association Française des Equipages de Vénerie, créée par Pétain en 1941) ne prendront pas le risque de faire sortir la meute. Ils ont déjà suffisamment fait parler d’eux ces derniers temps.

 

Les incidents ne sont pourtant pas rare, si les manifestants s’en tiennent toujours à des méthodes de blocage pacifistes, les chasseurs ont souvent plus de difficultés à se retenir lorsqu’il n’y a pas de caméras. Ils n’hésitent pas à faire charger leurs chevaux, donner des coups de cravaches ou frapper (les filles, de préférence). Enragés de retrouver les vidéos de leurs méfaits sur internet, ces seigneurs, vont se faire voter une loi rien que pour eux. Il y a entre 0 et 10 sabotages de chasse par an (contre 13.000 chasses à courre), mais l’assemblée nationale, aux ordres de leur surpuissant lobby s’apprête à se mobiliser pour leur voter un  « délit d’entrave à la chasse » … ça laisse rêveur sur notre démocratie (où 73% des français se déclarent opposés à la chasse).

 

9 :00 Il ne se passera probablement rien aujourd’hui. Il n’y a plus qu’à attendre … jusqu’à au moins 16h, pour être sûr qu’il n’y aura pas de chasse. Les journalistes intervieweront les militants, les chasseurs tenteront d’arroser ceux qui s’approchent du chenil, de puissants 4*4 entreront et sortiront de la belle propriété, le tout sous le hurlement permanent de la meute parfois entrecoupé d’un claquement de fouet  … mieux vaut ne pas leur faire remarquer, les veneurs dépités et en manque de provocation passent parfois leur rage sur les chiens.

 

Et je me rends compte que ces écuries, ces bâtiments, ces 4*4, ces camionnettes toute cette armada ne sert qu’un but, poursuivre un pauvre animal apeuré. Je me souviens avoir lu que des veneurs avaient osé arguer devant un auditoire politique conquis d’avance, que la chasse à courre se situait dans le « droit fil de la loi naturelle qui résulte de l’évolution des espèces depuis des millénaires » … il faudra m’expliquer ce qu’a de naturelle toute cette débauche de moyens. Ces millionnaires qui adorent insinuer que les animalistes « préfèrent les animaux aux hommes » seraient des héros s’ils dépensaient autant d’énergie pour aider leur propre espèce que celle qu’ils gaspillent pour persécuter les autres.   

 

10:00 Des promeneurs s’arrêtent pour demander les raisons de cette agitation et apportent immédiatement leur soutien, ils sont adhérents du ROC (association pour la biodiversité et le « droit des non chasseurs » présidée par Hubert Reeves), le monde est petit.

 

Les journalistes voudront les interroger mais ils refuseront de témoigner par peur des représailles … et ils en ont connu (une histoire d’une violence extrême, je n’en crois pas mes oreilles). Face à ces menaces de violences physiques, cette puissance économique et ce lobby politique omniprésent, on comprend pourquoi la plupart des manifestants se couvrent le visage, d’autant plus qu’un certain nombre d’entre eux sont de la région.

 

15:30 Durant la journée, d’autres riverains seront venu apporter leur soutien et même du café chaud. Il n’y aura pas de chasse aujourd’hui. La troupe lève le camp et part distribuer des tracts dans le village. Ca se confirme, les chasseurs sont loin d’être appréciés, même sur leur terre.

 

On peut concevoir que la chasse à courre porte en elle des valeurs nostalgiques et des traditions au passé glorieux. Il pourrait s’en dégager une esthétique indéniable si elle n’était pas terriblement anachronique. On peut imaginer quelques descendants de familles nobles, élevés dans une tradition d’honneur et de sacrifice, bercés par les récits des exploits guerriers de leurs héroiques ailleux où le rapport de l’homme à la nature était un combat permanent pour la survie.

Ils ne se sont pas rendus compte que les sombres forêts primaires, peuplées de puissants sangliers et de loups menaçants ont quasiment disparues et leurs futurs héritiers sont au mieux financiers à Londres, au pire d’inutiles jet setteurs dégénérés. Ils se raccrochent alors au peu qu’ils leur reste, leurs traditions, et plutôt que de se tourner amicalement vers leurs compagnons d’extinction massive : les animaux sauvages, ils persistent à les persécuter comme si cela leur pouvait faire remonter le temps.

 

Et ils appelent à la rescousse de riches citadins (avocats, commissaires priseurs, financiers, sénateurs etc …) qui ont trouvé dans la chasse à courre une activité capable de satisfaire à la fois leur besoin d’élistisme et leur pulsions de dominations sous couvert de tradition et même, puisque c’est devenu à la mode, de pseudo-écologie. Eux n’ont de cette noblesse à laquelle ils aspirent tant, que les attributs les plus destestables qui furent payés cher à l’époque où la France était encore un pays révolutionnaire.

 

Je fais partie de ces anciens chasseurs qui se sont rendus compte que les temps avaient changé, que de tuer un animal sauvage dans une minuscule forêt noyée dans un océan de champs, de villes, de parking et de zones industrielles n’était plus un acte naturel légitime mais un crime injustifiable.

 

Entraver cette « chasse », cette parodie de combat naturel, n’est peut être pas une action qui changera directement les choses. Cet acte relève d’un symbole beaucoup plus fort, celui de la remise en cause de la folle et absolue domination de l’homme sur les animaux et l’environnement qui atteint son paroxysme dans la perpétuation de ce genre de rituel macabre.

 

 

Revue de presse :

Cette action sera reprise dans l’émission «global résistance » de juin sur France 4.

Article du courrier picard

Article de l’Aisne nouvelle

 

 

 

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