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Incident de Folembray : La riposte des chasseurs de chasseurs

On se souvient de ce triste équipage qui avait poursuivi un cerf paniqué jusque dans le jardin d’un particulier où il avait été brutalement achevé devant des riverains révoltés. L’incident qui avait choqué la France entière avait été relayé par les principales chaines. Le même équipage, le « Rallye nomade », s’apprêtait ce samedi 15 mars à réitérer ce genre d’exploit, mais ils ont reçu une visite de courtoisie d’une cinquantaine de militants anti-chasse. 

 

Samedi 14 mars 5:30 du matin, rendez vous sur une porte du périphérique parisien. Une cinquantaine de personnes sont présentes, je reconnais l’écrivain Armand Farrachi, l’acteur David Sarfati ainsi que David Chauvet vice-président de l’association « Droit des Animaux», spécialiste en Hunt Sabotage.

 

Le Hunt Sabotage est une pratique née en Angleterre destinée à empêcher les chasses. Des techniques de traque, de dépistage, de camouflage et d’infiltration très élaborées ont étés mise au point et ont fini par payer : la chasse à courre, ne disposant d’aucun soutien populaire, a été abolie en Angleterre. Dans un meilleur esprit et afin de satisfaire tout le monde, des dérivés originaux ont même remplacé les chasses à courre : des sportifs animalistes prennent gentiment le rôle de l’animal et se font poursuivre par des équipages reconvertis dans la chasse à l’homme (sans mise à mort, cela va de soi). En France, El Dorado européen des tueurs d’animaux, il va être plus difficile de faire évoluer les choses.

 

6:00, des copilotes détenteurs des informations sur la route à suivre sont affectés dans chaque voiture afin de garder secret la destination le plus longtemps possible.

Je récupère deux charmantes amies des bêtes qui finiront leur nuit sur la route. Le cap est mis au nord où la troupe a rendez vous en pleine campagne avec un ancien chasseur qui a renseigné les organisateurs. Drôle de personnage qui courre les bois de sa région qu’il connaît par cœur, un vrai chasseur qui a remplacé son fusil par un appareil photo. La tactique est rapidement transmise à tout le monde : les chasseurs vont devoir sortir la meute à bord de camions, la vénerie fait partie d’un vaste domaine disposant de 3 sorties, le groupe se séparera donc en trois pour les bloquer.

 

La journée des chasseurs s’annonçait pourtant bien : la météo était plutôt agréable, des panneaux « chasse en cours » dispersés aux abords de la route et la meute prête à  sauter sur l’occasion de sortir de son misérable chenil. Ces chiens «de race» (c.à.d. à l’évolution artificiellement contrôlée par les hommes), passent la plupart de leur vie parqués dans de petits enclos. La chasse est donc très souvent leur unique occasion de sortie, et pour les chasseurs, c’est l’unique raison d’être de ces pauvres bêtes.

 

8:00 Les chiens ne sont pas encore sortis mais redoublent d’aboiement lorsque les antichasses prennent position pour bloquer les sortis du chenil. La gendarmerie est immédiatement appelée, mais il s’agit d’un rassemblement pacifiste … et une équipe de télévision, bientôt rejointe par des journalistes du Courrier Picard, est sur place. Les sorties du chenil ont été bloquées à temps et les chasseurs, recevant leurs instructions directement de la puissante AFEV (Association Française des Equipages de Vénerie, créée par Pétain en 1941) ne prendront pas le risque de faire sortir la meute. Ils ont déjà suffisamment fait parler d’eux ces derniers temps.

 

Les incidents ne sont pourtant pas rare, si les manifestants s’en tiennent toujours à des méthodes de blocage pacifistes, les chasseurs ont souvent plus de difficultés à se retenir lorsqu’il n’y a pas de caméras. Ils n’hésitent pas à faire charger leurs chevaux, donner des coups de cravaches ou frapper (les filles, de préférence). Enragés de retrouver les vidéos de leurs méfaits sur internet, ces seigneurs, vont se faire voter une loi rien que pour eux. Il y a entre 0 et 10 sabotages de chasse par an (contre 13.000 chasses à courre), mais l’assemblée nationale, aux ordres de leur surpuissant lobby s’apprête à se mobiliser pour leur voter un  « délit d’entrave à la chasse » … ça laisse rêveur sur notre démocratie (où 73% des français se déclarent opposés à la chasse).

 

9 :00 Il ne se passera probablement rien aujourd’hui. Il n’y a plus qu’à attendre … jusqu’à au moins 16h, pour être sûr qu’il n’y aura pas de chasse. Les journalistes intervieweront les militants, les chasseurs tenteront d’arroser ceux qui s’approchent du chenil, de puissants 4*4 entreront et sortiront de la belle propriété, le tout sous le hurlement permanent de la meute parfois entrecoupé d’un claquement de fouet  … mieux vaut ne pas leur faire remarquer, les veneurs dépités et en manque de provocation passent parfois leur rage sur les chiens.

 

Et je me rends compte que ces écuries, ces bâtiments, ces 4*4, ces camionnettes toute cette armada ne sert qu’un but, poursuivre un pauvre animal apeuré. Je me souviens avoir lu que des veneurs avaient osé arguer devant un auditoire politique conquis d’avance, que la chasse à courre se situait dans le « droit fil de la loi naturelle qui résulte de l’évolution des espèces depuis des millénaires » … il faudra m’expliquer ce qu’a de naturelle toute cette débauche de moyens. Ces millionnaires qui adorent insinuer que les animalistes « préfèrent les animaux aux hommes » seraient des héros s’ils dépensaient autant d’énergie pour aider leur propre espèce que celle qu’ils gaspillent pour persécuter les autres.   

 

10:00 Des promeneurs s’arrêtent pour demander les raisons de cette agitation et apportent immédiatement leur soutien, ils sont adhérents du ROC (association pour la biodiversité et le « droit des non chasseurs » présidée par Hubert Reeves), le monde est petit.

 

Les journalistes voudront les interroger mais ils refuseront de témoigner par peur des représailles … et ils en ont connu (une histoire d’une violence extrême, je n’en crois pas mes oreilles). Face à ces menaces de violences physiques, cette puissance économique et ce lobby politique omniprésent, on comprend pourquoi la plupart des manifestants se couvrent le visage, d’autant plus qu’un certain nombre d’entre eux sont de la région.

 

15:30 Durant la journée, d’autres riverains seront venu apporter leur soutien et même du café chaud. Il n’y aura pas de chasse aujourd’hui. La troupe lève le camp et part distribuer des tracts dans le village. Ca se confirme, les chasseurs sont loin d’être appréciés, même sur leur terre.

 

On peut concevoir que la chasse à courre porte en elle des valeurs nostalgiques et des traditions au passé glorieux. Il pourrait s’en dégager une esthétique indéniable si elle n’était pas terriblement anachronique. On peut imaginer quelques descendants de familles nobles, élevés dans une tradition d’honneur et de sacrifice, bercés par les récits des exploits guerriers de leurs héroiques ailleux où le rapport de l’homme à la nature était un combat permanent pour la survie.

Ils ne se sont pas rendus compte que les sombres forêts primaires, peuplées de puissants sangliers et de loups menaçants ont quasiment disparues et leurs futurs héritiers sont au mieux financiers à Londres, au pire d’inutiles jet setteurs dégénérés. Ils se raccrochent alors au peu qu’ils leur reste, leurs traditions, et plutôt que de se tourner amicalement vers leurs compagnons d’extinction massive : les animaux sauvages, ils persistent à les persécuter comme si cela leur pouvait faire remonter le temps.

 

Et ils appelent à la rescousse de riches citadins (avocats, commissaires priseurs, financiers, sénateurs etc …) qui ont trouvé dans la chasse à courre une activité capable de satisfaire à la fois leur besoin d’élistisme et leur pulsions de dominations sous couvert de tradition et même, puisque c’est devenu à la mode, de pseudo-écologie. Eux n’ont de cette noblesse à laquelle ils aspirent tant, que les attributs les plus destestables qui furent payés cher à l’époque où la France était encore un pays révolutionnaire.

 

Je fais partie de ces anciens chasseurs qui se sont rendus compte que les temps avaient changé, que de tuer un animal sauvage dans une minuscule forêt noyée dans un océan de champs, de villes, de parking et de zones industrielles n’était plus un acte naturel légitime mais un crime injustifiable.

 

Entraver cette « chasse », cette parodie de combat naturel, n’est peut être pas une action qui changera directement les choses. Cet acte relève d’un symbole beaucoup plus fort, celui de la remise en cause de la folle et absolue domination de l’homme sur les animaux et l’environnement qui atteint son paroxysme dans la perpétuation de ce genre de rituel macabre.

 

 

Revue de presse :

Cette action sera reprise dans l’émission «global résistance » de juin sur France 4.

Article du courrier picard

Article de l’Aisne nouvelle

 

 

 

Pas de droits de l’homme pour les défenseurs des droits des animaux

Des succès dérangeants

A force de lancer des campagnes d’information, d’investiguer sur le terrain et de contacter les médias, les mouvements autrichiens de défense des animaux ont remporté quelques victoires significatives qui placent l’Autriche sur la courte liste des pays avant-gardistes en la matière.

Ils ont d’abord obtenu l’interdiction de l’élevage des animaux à fourrure, des animaux sauvages dans les cirques, de l’expérimentation sur les singes, des cages en batteries et plus récemment, l’interdiction de l’élevage de lapins en cage. Ils étaient sur tous les fronts pour informer, partout où la tyrannie de l’homme sur le règne animal s’exprimait dans ses formes les plus injustifiées.

Ce crime d’information subversive et ses résultats ne devaient pas rester impunis par les puissances financières concernées. Les pressions policières s’accentuèrent donc à partir de 2004 lorsque fut obtenue l’interdiction des élevages en batteries.

Le prétexte

En parallèle à toutes ces associations qui restent dans le cadre de la légalité, il existe des groupuscules qui considèrent que les changements de mentalité ne vont pas assez vite. Ils s’octroient donc le droit d’intervenir directement contre les « propriétés privés ». Le plus connu de ces groupes est l’ALF (Animal Liberation Front). Ses actions consistent à libérer des animaux, engluer les serrures de fourreurs ou de bouchers, voire incendier des bâtiments... la palette des actions de sabotage est vaste.

Il s’agit d’un mouvement de « leaderless resistance », il n’y a aucun chef ni aucune hiérarchie, n’importe qui peut revendiquer une action au nom de l’ALF à condition d’observer certaines règles dont la première est de ne blesser ni hommes ni animaux. En retour, l’ALF apporte son soutien en cas d’arrestation.

La stratégie de l’ALF est la suivante : l’exploitation animale ne tenant que pour des raisons financières et d’ignorance, il s’agit de faire exploser les coûts de sécurité de cette exploitation par des attaques de sabotage économique (« ecotage  »), car une fois qu’une activité barbare devient non rentable économiquement, tout le monde s’accorde à s’y opposer. Cette stratégie de déstabilisation financière est d’une précision et d’une efficacité telle qu’on a pu lire dans le Financial Times au sujet de l’ALF « Un petit groupe d’activistes est en train de réussir là où Karl Marx, la bande à Baader et les Brigades rouges avaient échoué. » (Article du Monde diplomatique sur l’ALF).

On peut les considérer comme des combattants de la liberté, des illuminés ou comme de dangereux terroristes. C’est en tout cas ce qu’a fait le gouvernement Bush en votant l’« Animal Enterprise Terrorism Act », permettant d’appliquer les lois anti-terrorisme aux défenseurs des animaux les plus acharnés. Le FBI considère qu’il s’agit de la première menace terroriste sur le sol américain. Toutefois, beaucoup d’experts antiterroristes continuent de se gratter la tête face à ces « terroristes » qui n’ont jamais tué personne (l’ALF sur terrorisme.net). Dans la pratique, ça permet de priver de leurs droits civiques sur simple suspicion des gens aux idées dérangeantes.

Les actions de l’ALF se multiplient en Europe (www.directaction.info), mais l’Autriche reste très faiblement touchée par le phénomène. Toutefois cette menace insaisissable constitue un prétexte en or pour s’attaquer aux associations œuvrant pour la promotion des droits des animaux et qui restent dans le cadre de la légalité.

Les représailles

Le 21 mai dernier, alors qu’elles préparaient une campagne demandant une modification de la constitution en faveur des animaux, les principales associations autrichiennes de promotion des droits des animaux ont été victimes d’opérations policières sans précédent : perquisitions brutales des domiciles privés et des bureaux, saisie des ordinateurs, d’autres matériels et de documents, mise en garde à vue de 10 activistes, sur simple suspicion. Ils sont déclarés suspects d’avoir commis un délit pour lequel il n’est pas nécessaire d’apporter de preuve.

Le texte invoqué est qu’il est illégal de former une grande organisation (plus de 10 personnes), possédant une structure hiérarchique et conduite à la façon d’une entreprise, dont le but est d’influer sur la vie politique ou économique, et qui à cette fin commet aussi des crimes et délits, au moins occasionnellement… On peut les enfermer alors qu’aucun fait précis et avéré ne leur est reproché, ils sont soupçonnés de la totalité des rares délits commis par l’ALF en Autriche.

Martin Balluch, double doctorat en physique et en philosophie, ancien collègue de Stephen Hawking à l’université de Cambridge et président de l’association contre l’élevage industriel, déclare dans sa lettre écrite depuis l’hôpital de la prison de Vienne le 9 juin 2008.

« Mercredi, au petit matin, la police a lancé la plus violente attaque jamais connue dans l’histoire autrichienne moderne contre un mouvement pour la justice sociale et contre des ONG. Des centaines de policiers armés et masqués ont défoncé les portes de 21 domiciles privés et de 6 bureaux appartenant à des ONG différentes, et celui d’un dépôt contenant du matériel utilisé dans des manifestations. 25 personnes ont été arrêtées et interrogées par la police. 10 personnes ont été placées en garde vue, dont moi-même.

Afin de « m’attraper », la police a fait irruption non seulement chez moi, mais aussi chez deux de mes frères ainsi que chez mon amie. Des policiers cagoulés de noir se sont précipités à travers la porte brisée et ont couru arme au poing jusqu’à nos lits. Ils ont pointé leurs pistolets sur ma tête et m’ont jeté nu hors de mon lit. Mon frère a été plaqué contre un mur, un pistolet pointé sur le cou. […]

On pourrait imaginer aussi que la police avait reçu des informations selon lesquelles de dangereuses attaques de l’ALF se préparaient, ou lui indiquant des caches de bombes incendiaires et de matériel terroriste. Rien n’est plus faux. Ils n’avaient reçu aucune information de la sorte, et ils n’ont même pas cherché ce genre de matériel. La seule chose qui les intéressait, c’étaient les ordinateurs, les livres et les vidéos, c’est-à-dire des objets qui disent quelque chose de la façon d’être des personnes arrêtées.[…]

Voici comment sont justifiés mon arrestation et mon placement en détention préventive. Il existe une délinquance associée à la cause animale, même si elle est relativement faible. Il doit donc y avoir une grosse organisation dotée d’une structure hiérarchique, conduite à la manière d’une entreprise, qui est responsable de cette activité. Puisque je milite depuis des années pour les animaux, puisque je suis influent, et puisque j’ai des contacts internationaux, je dois être le chef de cette organisation. »

Les moyens de défense s’organisent comme ils peuvent : outre une préoccupante grève de la faim de certains des accusés, il y a une pétition, des mails à envoyer aux représentants de la justice autrichienne et de nombreuses réactions d’ONG (voir le communiqué d’Amnesty International).

Bien évidemment, aucun média français ne se sera intéressé au problème. La plupart des associations européennes de promotion des droits des animaux relaient cette triste affaire, en attendant, de nombreux projets sont en suspens et l’inquiétude monte chez des gens qui n’ont rien d’autres à se reprocher que d’œuvrer pour un monde moins violent.

On peut penser ce qu’on veut des revendications pour les droits des animaux, mais ce qui s’est passé en Autriche prouve que leurs opposants les plus acharnés leur accordent à peu près autant de sérieux qu’aux droits de l’homme.

Les droits des animaux

La cause animale est souvent considérée comme un sujet secondaire ou de sensiblerie mal placée, mais alors, pourquoi la majorité des plus grandes personnalités de l’Histoire ont pris des positions claires en faveur de la défense animale ? Et surtout, pourquoi la société engage-t-elle de tels moyens pour lutter contre la remise en cause de la domination absolue de l’espèce humaine sur les autres espèces animales et sur son environnement ?

Le fait est que lorsque ces idées s’imposeront à tous comme les évidences qu’elles sont, c’est toutes les mentalités, les comportements individuels et par ricochet tout le modèle économique tel que nous le connaissons qui seront remis en cause. Ces idées sont inacceptables pour les plus puissants bénéficiaires de l’exploitation animale qui à grands coups de milliards font tout pour maintenir le public dans l’ignorance et ridiculiser ceux qui se lèvent contre cette injustice.

Toutefois, l’Histoire nous apprend que face aux idées nouvelles qui remettent en cause des systèmes de dominations injustes, c’est toujours le ridicule qui est utilisé en premier lieu pour les combattre, et lorsque le ridicule n’est plus suffisant, les dominants passent à l’affrontement violent… avant que ce qui était hier considéré comme un sujet ridicule soit considéré comme une évidence allant de soi. Espérons que c’est ce qui est en train de se passer en Autriche.

Aujourd’hui, plus personne ne remet en cause l’abolition de l’esclavage, du racisme d’Etat, de l’égalité homme/femme ou de l’importance de l’écologie… pourtant ces sujets firent beaucoup rire à leur début.


Avant que ne s’abatte un déluge de jugements hâtifs venant de lecteurs des plus respectables, je conclurai sur cette citation de Zola :

« Et je l’ai dit un jour, votre besogne est sainte, vous qui vous êtes donné la mission de les protéger (les animaux, ndla), par haine de la souffrance. […]

Que tous les peuples commencent donc par s’unir pour qu’il ne soit plus permis de martyriser un cheval ou un chien, et les pauvres hommes, honteux et las d’aggraver eux-mêmes leur misère en arriveront peut-être à ne plus se dévorer entre eux ! »

Émile Zola, Paris 25 mai 1896 - Discours à la séance annuelle à la Société protectrice des animaux.

Et ce n’est probablement pas un hasard si les plus grandes âmes de l’humanité qui prirent le temps de réfléchir sur la condition animale furent très nombreuses à tenir ce genre de discours.

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