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Journée d’un explorateur urbain : l’industrie abandonnée

En ces temps de crise économique, beaucoup se demandent à quoi va ressembler le monde de demain. C’est un peu pessimiste mais je pense que, sans  forcément en avoir conscience, les explorateurs urbains en ont une idée assez précise. Afin de mieux cerner cette idée, je vous invite à lire ce récit d’une journée d’exploration urbaine.

 

Dimanche après midi, c’est l’hiver, c’est la crise, il fait froid, je ne veux pas sortir de mon ridicule petit cocon chauffé. Ca fait un moment qu’il ne m’est rien arrivé d’intéressant …  alors je repense à l’urbex et je me dis qu’une sortie facile pourrait me remonter le moral.

Je n’achète mes fringues que dans des magasins d’usine, il y en a un que j’affectionne  tout particulièrement, très bien fourni et très vaste. Regroupant une bonne cinquantaine de marques, situé sur une île de la seine, il occupe un petit tiers d’une ancienne usine… repérage sur Google Earth, ça promet. Nous sommes dimanche, les magasins sont fermés, on va voir si le reste du bâtiment est ouvert.

 

Equipement minimum : lampe frontale, bonnet noir, appareil photo/trépied, grand tournevis*, couverture de survie, crochets de serrures … ca fera l’affaire. 15 minutes plus tard je suis en approche de ma cible, a priori, c’est l’abandon total, dans ces conditions le plus simple est de rentrer … par l’entrée, située sous un grand porche destiné à accueillir les camions qui ne viendront plus. Ca ne pose aucun problème, pas de grille à enjamber, de tunnel à ramper ou de serrures à crocheter.  Toutes les  portes sont arrachées et les vitres cassées.

Une fois à l’intérieur mes yeux ont du mal à s’habituer à l’obscurité lorsque j’aperçois ce qui semble être un humain à moitié nu, torturé et pendu. Bien sûr c’est un mannequin, mais pendant une seconde l’effet est saisissant. Cela arrive fréquemment dans ce genre d’endroit de tomber sur des mises en scène macabres destinées  à décourager les visiteurs, ça marcherait presque.

 

Je continue et débouche dans une espèce de gigantesque hangar, c’est véritablement énorme (au moins 200 mètres de long et 50 de large pour une hauteur de 15 mètres), et désert. Le sol est jonché de débris de toutes sortes, de flaques d’eau aux couleurs étranges reflétant des tags ordonnés comme dans une galerie d’art. Des machines finissent de rouiller dans leur coin, des sculptures et œuvres d’art urbaine sont disposées anarchiquement, on distingue un niveau supérieur qui promet d’être au moins aussi gigantesque. Après quelques photos je passe à l’étage supérieur, de nouveau une superficie longue et déserte à traverser avant d’arriver dans ce qui fut un jour des locaux administratifs.

Il ne reste rien, les couloirs sont couvert de débris, les toilettes sont les seules pièces à la fonction identifiable. Des câbles et des débris pendent du parfond, des restes de stores volent dans l’encadrement de fenêtres  brisées.  Ce qui devait être un charmant petit jardin artificiel sous une vaste ouverture du toit  s’est transformé en mare accueillant de gros débris. Le chaos est tel que je n’ai toujours pas la moindre idée de l’activité qui nécessita tant d’espace.  D’où je suis, je surplombe une cour intérieure, les locaux d’en face tout aussi délabrés donnent de nouveaux sur de vastes espaces vides. La bas, au milieu du désert, je trouverai une palette de catalogue de vente par correspondance datée de 2001. Je me baserai dessus pour déduire que l’endroit est un ancien centre de transport/logistique ayant fermé à la fin du siècle dernier.

 

Maintenant, je voudrais m’attaquer au toit. Impossible de trouver d’escalier ou de cage d’ascenseur praticable. Il y a bien quelques ouvertures dans le plafond, essentiellement des dômes en plexi glace  arrachés, mais je préfère ne pas tenter d’escalade immédiatement. A force de chercher je trouve finalement une sorte de salle des machines au rez-de-chaussée. L’installation grimpe sur toute la hauteur du bâtiment et s’enfonce profondément sous le niveau du sol et la moitié est inondée. La rouille, omniprésente, assaille mes narines, mais j’aperçois une échelle métallique qui semble monter au sommet. 5 minutes plus tard je suis sur le toit. Dans le même état que le reste … au milieu des vagues de dômes plexi glacés, il ya le local technique de feu l’ascenseur hérissé de vieilles antennes. L’évacuation de l’eau de pluie défaillante dans certaines zones produisent de petits écosystèmes, une mare, des buissons, et même de petits arbres. Ce sont ces réserves d’eau qui s’écoule au goutte à goutte dans le bâtiment et qui alimentent les vastes flaques à l’intérieur.

La vue n’est pas splendide, il faudrait monter plus haut, mais l’échelle métallique de la cheminée est mangée par la rouille. Une barrière approximative sépare le toit à la jonction avec la partie de mon magasin de fringues, j’y repère des speed dômes, ainsi que d’étranges boitiers qui pourraient être des détecteurs de mouvement. Mieux vaut ne pas s’attarder dans cette zone. De toute façon, je considère ma mission comme accomplie, j’ai honorablement rempli mon dimanche. Je peux repartir vers mon cocon chauffé.

 

Certains explorateurs urbains se qualifient d’archéologues modernes, derniers témoins d’une époque qui n’a pas suivi la technologie, amassant des témoignages d’une époque révolue. J’ai vu ce qui restait, moins de 10 ans aprés son abandon, d’un lieux qui grouilla d’activité humaine. A cette époque, peu de gens auraient pu s’imaginer comment finirait leur lieux de travail... et nous ?
Parfois, en marchant dans ces territoires désolés et abandonnés, l’idée me vient que c’est le futur que j’explore.

 

 Actias

 

*A default de bombes lacrymo, c’est un moyen de défense tout aussi dissuasif qu’une dague mais légal. 

 

 

 

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Le but de l’Urbex est d’atteindre et d’explorer des lieux interdits de la manière la plus discrète possible. Ce n’est pas une activité sans risques.

Si la pratique de l’Urbex  vous intéresse, réfléchissez bien, c’est une activité souvent illégale et dangereuse qui le sera bien plus si vous n’avez pas un minimum d’expérience et de technique.


 

 

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