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Corrida : la Valls des tartuffes

La corrida est sur le Grill. Sujet explosif et cyclique, l’année dernière c’était le lobby taurin qui frappait fort en faisant inscrire la corrida au « patrimoine immatériel » de la France. Les associations CRAC et Droits des Animaux ont cette année porté la question de sa légitimité devant le Conseil Constitutionnel. Les esprits se réchauffent, les pour et les contre rentrent dans la danse. Même (et surtout) ceux qui prétendent ne pas avoir d’avis s’empressent de le donner.

corr.jpgLa compatibilité constitutionnelle de la corrida va être examinée par les sages du conseil constitutionnel qui devraient prendre une décision le 21 septembre. En effet, la loi Française (Article 521-1 du code pénal) réprime les sévices graves  et actes de cruauté envers les animaux. La corrida tombe sous le coup de cette loi et est donc une pratique illégale sur le territoire Français. Toutefois, il existe une clause qui tolère des exceptions là ou une tradition locale ininterrompue peut être invoquée. C’est cette surprenante clause (la “cruauté” d’un acte dépend de son emplacement ?) qui est dans le collimateur des abolitionnistes.

Il existe un vaste consensus tacite chez les «élites» françaises pour défendre la souffrance animale sous toutes ses formes (tauromachie, chasse à courre, industrialisation du vivant, expérimentation etc …). La plupart des médias institutionnels ne publient que des tribunes favorables (de l’Huma au Figaro) et le gouvernement socialiste au pouvoir va même se fendre d’un émissaire devant le conseil constitutionnel pour défendre la corrida que la majorité des Français rejettent. Sarkozy n’aurait pas fait mieux. Même l’Espagne est plus en avance que la France pour la diversité du dialogue.

Une valse à un seul

Les médias auront commencé par largement relayer la tirade assez aberrante de M. Valls sur BFMTV-RMC au sujet de la corrida : "une culture qu'il faut préserver.  C'est quelque chose que j'aime, qui fait partie de la culture de ma famille". A moins d’être un idiot ou un dictateur, faire appel à sa tradition, sa famille ou ses goûts personnels pour légitimer une action non consensuelle est l’argumentation la plus pauvre qu’il soit. Monsieur Valls, qui ne voit pas de problèmes à laisser le contrôle des budgets nationaux aux fonctionnaires de Bruxelles, qui s’indigne des débats sarkozystes sur l’identité nationale, s’inquiète soudainement de l’importance des « racines » identitaires nationales qui seraient représentées par la corrida espagnole.

La tradition est invoquée, encore et toujours. Nous pourrions aussi observer une tradition culinaire Coréenne à base de chien torturé à mort ? Suspendus par des fils de fer transperçant leur truffe, puis battus le plus longtemps possible avant d’être brûlés ou écorchés vifs. Il s’agit d’une tradition que beaucoup de familles « aiment » et souffrez d’apprendre que la souffrance du chien augmente le pouvoir aphrodisiaque de la viande.

Cette vision de chien torturé est dérangeante ? c’est parce qu’au fond de nous-mêmes, nous avons un salutaire réflexe d'empathie. Nous savons que le chien ressent la douleur aussi intensément que nous même et qu’il est assez intelligent et sensible pour comprendre l’enfer qu’on lui fait vivre. Ce n’est pas de l'anthropomorphisme, la plupart des chiens ont conscience d’eux même et ont un “niveau mental” équivalent à celui d’un humain de 2 ans. Au niveau de la sensibilité et de l’intelligence, un toro n’est pas si diffèrent d’un chien.

Suite à la malheureuse tirade de Valls, la BB nationale a appelé à l’aide ses anciens comparses Delon et Bebel pour lancer un appel  au conseil constitutionnel dans un communiqué daté du 18 septembre. Rappelant la logique des principes législatifs et les habituelles injonctions à s’opposer à la cruauté et la souffrance. Il fallait au moins que ces 3 légendes du cinéma se réunissent pour faire entendre un peu la voix abolitionniste.

Tous les pro-corrida ne sont pas des tartuffes

Tous les pro-corrida ne sont pas des tartuffes mais le lendemain de l’appel de BB,  c’est un tartuffe (ou un machiavel) qui s’est levé de bonne heure. Le PDG du groupe SEBDO Le Point, Franz-Olivier Giesbert, s’est essayé à l'exercice pro-taurin indirect dans une tribune de son journal : « les tartuffes anti-corrida ». Si la stratégie est finaude, il ne prétend pas défendre la corrida mais attaquer l’hypocrisie des anti-corrida,  la tactique s’avère pour le moins vaseuse.

Son argumentaire se base rapidement et indirectement sur le sophisme du pire: Parce qu'il y a pire ailleurs (comme l'abatage rituel), alors la situation est acceptable en l’état.

Mais selon lui, le vrai problème, c’est que ce qui gène les abolitionnistes, c’est la vue du sang et que tant qu’ils ne le voient pas, la situation leur va. C’est pour ça qu’il veulent interdire la corrida et pas l’abattage Hallal ou Casher. C’est pour ça qu’ils sont des tartuffes.

M. Giesbert n’aurait pas forcément tord lorsqu’il dénonce une société qui « refuse de voir le sang ».  Par exemple, les hindous brûlent leurs morts publiquement, visions et odeurs de mort qui seraient insoutenables chez nous, bien "pire" qu’une corrida. Pourtant la majorité hindouiste, végétarienne, est attachée aux principes de non violence. La différence avec la corrida ou le chien de boucherie Coréen, c’est qu’il n’y a pas d'institutionnalisation de souffrance inutile. Surprise ! On peut regarder la mort sans la provoquer inutilement !

Ceci dit, quand bien même M. Giesbert aurait vu juste, les « abolitionnistes tartuffes » n’en auraient pas tord pour autant lorsqu’ils demandent l’abolition de la corrida. Ce n’est pas parce que les raisons sont mauvaises que les revendications le sont également.

Qu’il se rassure cependant, son assertion est de toute façon très loin de la réalité. L’immense majorité des avocats anti-taurins sont en pointe dans les combats contre la souffrance animale en général. Qu’elle soit érigée en spectacle public ou cachée dans un abattoir rituel.

Il conclut en suggérant aux sages du conseil constitutionnel de valider la corrida en attendant, un jour éloigné peut être, de s’attaquer sérieusement à la souffrance animale dans tous les domaines. Autrement dit, pour combattre sérieusement (un jour, peut être) la souffrance animale, il faut continuer à torturer les toros. Bonjour Tartuffe !

Il existe une multitude de bonnes raisons qui ont poussé la majorité des plus grands philosophes humanistes a considérer qu’une société un tant soit peu civilisée doit bannir les sévices graves et  inutiles envers les animaux. Si dans cette voie, ce qui est perdu en tradition se gagne en humanité et ouvre la voie à d’autres avancées contre la souffrance animale ou humaine, alors ce chemin vaut la peine d’être suivi.

Quelque soit la décision du conseil constitutionnel et quoiqu’en pensent les tartuffes, le combat contre la souffrance animale continuera sur d’autres fronts: combat de coqs dans le Nord, massacre de dauphins au Japon ou au Feroe, abattage ritualo-industriel, expérimentation cosmétique, fourrure etc … les batailles ne manquent pas. La corrida n’en est qu’une “petite”, mais hautement symbolique.



La tirade de M. Valls : http://www.lejdd.fr/Societe/Actualite/Menacee-la-corrida-est-soutenue-par-Valls-554158
L’appel de BB : http://www.fondationbrigittebardot.fr/s-informer/spectacles-d-animaux/actualites/lettre-sages-conseil-constitutionnel
L’article de M. Giesbert : http://www.lepoint.fr/societe/les-tartuffes-anti-corrida-19-09-2012-1507807_23.php


Pas de droits de l’homme pour les défenseurs des droits des animaux

Des succès dérangeants

A force de lancer des campagnes d’information, d’investiguer sur le terrain et de contacter les médias, les mouvements autrichiens de défense des animaux ont remporté quelques victoires significatives qui placent l’Autriche sur la courte liste des pays avant-gardistes en la matière.

Ils ont d’abord obtenu l’interdiction de l’élevage des animaux à fourrure, des animaux sauvages dans les cirques, de l’expérimentation sur les singes, des cages en batteries et plus récemment, l’interdiction de l’élevage de lapins en cage. Ils étaient sur tous les fronts pour informer, partout où la tyrannie de l’homme sur le règne animal s’exprimait dans ses formes les plus injustifiées.

Ce crime d’information subversive et ses résultats ne devaient pas rester impunis par les puissances financières concernées. Les pressions policières s’accentuèrent donc à partir de 2004 lorsque fut obtenue l’interdiction des élevages en batteries.

Le prétexte

En parallèle à toutes ces associations qui restent dans le cadre de la légalité, il existe des groupuscules qui considèrent que les changements de mentalité ne vont pas assez vite. Ils s’octroient donc le droit d’intervenir directement contre les « propriétés privés ». Le plus connu de ces groupes est l’ALF (Animal Liberation Front). Ses actions consistent à libérer des animaux, engluer les serrures de fourreurs ou de bouchers, voire incendier des bâtiments... la palette des actions de sabotage est vaste.

Il s’agit d’un mouvement de « leaderless resistance », il n’y a aucun chef ni aucune hiérarchie, n’importe qui peut revendiquer une action au nom de l’ALF à condition d’observer certaines règles dont la première est de ne blesser ni hommes ni animaux. En retour, l’ALF apporte son soutien en cas d’arrestation.

La stratégie de l’ALF est la suivante : l’exploitation animale ne tenant que pour des raisons financières et d’ignorance, il s’agit de faire exploser les coûts de sécurité de cette exploitation par des attaques de sabotage économique (« ecotage  »), car une fois qu’une activité barbare devient non rentable économiquement, tout le monde s’accorde à s’y opposer. Cette stratégie de déstabilisation financière est d’une précision et d’une efficacité telle qu’on a pu lire dans le Financial Times au sujet de l’ALF « Un petit groupe d’activistes est en train de réussir là où Karl Marx, la bande à Baader et les Brigades rouges avaient échoué. » (Article du Monde diplomatique sur l’ALF).

On peut les considérer comme des combattants de la liberté, des illuminés ou comme de dangereux terroristes. C’est en tout cas ce qu’a fait le gouvernement Bush en votant l’« Animal Enterprise Terrorism Act », permettant d’appliquer les lois anti-terrorisme aux défenseurs des animaux les plus acharnés. Le FBI considère qu’il s’agit de la première menace terroriste sur le sol américain. Toutefois, beaucoup d’experts antiterroristes continuent de se gratter la tête face à ces « terroristes » qui n’ont jamais tué personne (l’ALF sur terrorisme.net). Dans la pratique, ça permet de priver de leurs droits civiques sur simple suspicion des gens aux idées dérangeantes.

Les actions de l’ALF se multiplient en Europe (www.directaction.info), mais l’Autriche reste très faiblement touchée par le phénomène. Toutefois cette menace insaisissable constitue un prétexte en or pour s’attaquer aux associations œuvrant pour la promotion des droits des animaux et qui restent dans le cadre de la légalité.

Les représailles

Le 21 mai dernier, alors qu’elles préparaient une campagne demandant une modification de la constitution en faveur des animaux, les principales associations autrichiennes de promotion des droits des animaux ont été victimes d’opérations policières sans précédent : perquisitions brutales des domiciles privés et des bureaux, saisie des ordinateurs, d’autres matériels et de documents, mise en garde à vue de 10 activistes, sur simple suspicion. Ils sont déclarés suspects d’avoir commis un délit pour lequel il n’est pas nécessaire d’apporter de preuve.

Le texte invoqué est qu’il est illégal de former une grande organisation (plus de 10 personnes), possédant une structure hiérarchique et conduite à la façon d’une entreprise, dont le but est d’influer sur la vie politique ou économique, et qui à cette fin commet aussi des crimes et délits, au moins occasionnellement… On peut les enfermer alors qu’aucun fait précis et avéré ne leur est reproché, ils sont soupçonnés de la totalité des rares délits commis par l’ALF en Autriche.

Martin Balluch, double doctorat en physique et en philosophie, ancien collègue de Stephen Hawking à l’université de Cambridge et président de l’association contre l’élevage industriel, déclare dans sa lettre écrite depuis l’hôpital de la prison de Vienne le 9 juin 2008.

« Mercredi, au petit matin, la police a lancé la plus violente attaque jamais connue dans l’histoire autrichienne moderne contre un mouvement pour la justice sociale et contre des ONG. Des centaines de policiers armés et masqués ont défoncé les portes de 21 domiciles privés et de 6 bureaux appartenant à des ONG différentes, et celui d’un dépôt contenant du matériel utilisé dans des manifestations. 25 personnes ont été arrêtées et interrogées par la police. 10 personnes ont été placées en garde vue, dont moi-même.

Afin de « m’attraper », la police a fait irruption non seulement chez moi, mais aussi chez deux de mes frères ainsi que chez mon amie. Des policiers cagoulés de noir se sont précipités à travers la porte brisée et ont couru arme au poing jusqu’à nos lits. Ils ont pointé leurs pistolets sur ma tête et m’ont jeté nu hors de mon lit. Mon frère a été plaqué contre un mur, un pistolet pointé sur le cou. […]

On pourrait imaginer aussi que la police avait reçu des informations selon lesquelles de dangereuses attaques de l’ALF se préparaient, ou lui indiquant des caches de bombes incendiaires et de matériel terroriste. Rien n’est plus faux. Ils n’avaient reçu aucune information de la sorte, et ils n’ont même pas cherché ce genre de matériel. La seule chose qui les intéressait, c’étaient les ordinateurs, les livres et les vidéos, c’est-à-dire des objets qui disent quelque chose de la façon d’être des personnes arrêtées.[…]

Voici comment sont justifiés mon arrestation et mon placement en détention préventive. Il existe une délinquance associée à la cause animale, même si elle est relativement faible. Il doit donc y avoir une grosse organisation dotée d’une structure hiérarchique, conduite à la manière d’une entreprise, qui est responsable de cette activité. Puisque je milite depuis des années pour les animaux, puisque je suis influent, et puisque j’ai des contacts internationaux, je dois être le chef de cette organisation. »

Les moyens de défense s’organisent comme ils peuvent : outre une préoccupante grève de la faim de certains des accusés, il y a une pétition, des mails à envoyer aux représentants de la justice autrichienne et de nombreuses réactions d’ONG (voir le communiqué d’Amnesty International).

Bien évidemment, aucun média français ne se sera intéressé au problème. La plupart des associations européennes de promotion des droits des animaux relaient cette triste affaire, en attendant, de nombreux projets sont en suspens et l’inquiétude monte chez des gens qui n’ont rien d’autres à se reprocher que d’œuvrer pour un monde moins violent.

On peut penser ce qu’on veut des revendications pour les droits des animaux, mais ce qui s’est passé en Autriche prouve que leurs opposants les plus acharnés leur accordent à peu près autant de sérieux qu’aux droits de l’homme.

Les droits des animaux

La cause animale est souvent considérée comme un sujet secondaire ou de sensiblerie mal placée, mais alors, pourquoi la majorité des plus grandes personnalités de l’Histoire ont pris des positions claires en faveur de la défense animale ? Et surtout, pourquoi la société engage-t-elle de tels moyens pour lutter contre la remise en cause de la domination absolue de l’espèce humaine sur les autres espèces animales et sur son environnement ?

Le fait est que lorsque ces idées s’imposeront à tous comme les évidences qu’elles sont, c’est toutes les mentalités, les comportements individuels et par ricochet tout le modèle économique tel que nous le connaissons qui seront remis en cause. Ces idées sont inacceptables pour les plus puissants bénéficiaires de l’exploitation animale qui à grands coups de milliards font tout pour maintenir le public dans l’ignorance et ridiculiser ceux qui se lèvent contre cette injustice.

Toutefois, l’Histoire nous apprend que face aux idées nouvelles qui remettent en cause des systèmes de dominations injustes, c’est toujours le ridicule qui est utilisé en premier lieu pour les combattre, et lorsque le ridicule n’est plus suffisant, les dominants passent à l’affrontement violent… avant que ce qui était hier considéré comme un sujet ridicule soit considéré comme une évidence allant de soi. Espérons que c’est ce qui est en train de se passer en Autriche.

Aujourd’hui, plus personne ne remet en cause l’abolition de l’esclavage, du racisme d’Etat, de l’égalité homme/femme ou de l’importance de l’écologie… pourtant ces sujets firent beaucoup rire à leur début.


Avant que ne s’abatte un déluge de jugements hâtifs venant de lecteurs des plus respectables, je conclurai sur cette citation de Zola :

« Et je l’ai dit un jour, votre besogne est sainte, vous qui vous êtes donné la mission de les protéger (les animaux, ndla), par haine de la souffrance. […]

Que tous les peuples commencent donc par s’unir pour qu’il ne soit plus permis de martyriser un cheval ou un chien, et les pauvres hommes, honteux et las d’aggraver eux-mêmes leur misère en arriveront peut-être à ne plus se dévorer entre eux ! »

Émile Zola, Paris 25 mai 1896 - Discours à la séance annuelle à la Société protectrice des animaux.

Et ce n’est probablement pas un hasard si les plus grandes âmes de l’humanité qui prirent le temps de réfléchir sur la condition animale furent très nombreuses à tenir ce genre de discours.

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