corrida

Corrida : la Valls des tartuffes

La corrida est sur le Grill. Sujet explosif et cyclique, l’année dernière c’était le lobby taurin qui frappait fort en faisant inscrire la corrida au « patrimoine immatériel » de la France. Les associations CRAC et Droits des Animaux ont cette année porté la question de sa légitimité devant le Conseil Constitutionnel. Les esprits se réchauffent, les pour et les contre rentrent dans la danse. Même (et surtout) ceux qui prétendent ne pas avoir d’avis s’empressent de le donner.

corr.jpgLa compatibilité constitutionnelle de la corrida va être examinée par les sages du conseil constitutionnel qui devraient prendre une décision le 21 septembre. En effet, la loi Française (Article 521-1 du code pénal) réprime les sévices graves  et actes de cruauté envers les animaux. La corrida tombe sous le coup de cette loi et est donc une pratique illégale sur le territoire Français. Toutefois, il existe une clause qui tolère des exceptions là ou une tradition locale ininterrompue peut être invoquée. C’est cette surprenante clause (la “cruauté” d’un acte dépend de son emplacement ?) qui est dans le collimateur des abolitionnistes.

Il existe un vaste consensus tacite chez les «élites» françaises pour défendre la souffrance animale sous toutes ses formes (tauromachie, chasse à courre, industrialisation du vivant, expérimentation etc …). La plupart des médias institutionnels ne publient que des tribunes favorables (de l’Huma au Figaro) et le gouvernement socialiste au pouvoir va même se fendre d’un émissaire devant le conseil constitutionnel pour défendre la corrida que la majorité des Français rejettent. Sarkozy n’aurait pas fait mieux. Même l’Espagne est plus en avance que la France pour la diversité du dialogue.

Une valse à un seul

Les médias auront commencé par largement relayer la tirade assez aberrante de M. Valls sur BFMTV-RMC au sujet de la corrida : "une culture qu'il faut préserver.  C'est quelque chose que j'aime, qui fait partie de la culture de ma famille". A moins d’être un idiot ou un dictateur, faire appel à sa tradition, sa famille ou ses goûts personnels pour légitimer une action non consensuelle est l’argumentation la plus pauvre qu’il soit. Monsieur Valls, qui ne voit pas de problèmes à laisser le contrôle des budgets nationaux aux fonctionnaires de Bruxelles, qui s’indigne des débats sarkozystes sur l’identité nationale, s’inquiète soudainement de l’importance des « racines » identitaires nationales qui seraient représentées par la corrida espagnole.

La tradition est invoquée, encore et toujours. Nous pourrions aussi observer une tradition culinaire Coréenne à base de chien torturé à mort ? Suspendus par des fils de fer transperçant leur truffe, puis battus le plus longtemps possible avant d’être brûlés ou écorchés vifs. Il s’agit d’une tradition que beaucoup de familles « aiment » et souffrez d’apprendre que la souffrance du chien augmente le pouvoir aphrodisiaque de la viande.

Cette vision de chien torturé est dérangeante ? c’est parce qu’au fond de nous-mêmes, nous avons un salutaire réflexe d'empathie. Nous savons que le chien ressent la douleur aussi intensément que nous même et qu’il est assez intelligent et sensible pour comprendre l’enfer qu’on lui fait vivre. Ce n’est pas de l'anthropomorphisme, la plupart des chiens ont conscience d’eux même et ont un “niveau mental” équivalent à celui d’un humain de 2 ans. Au niveau de la sensibilité et de l’intelligence, un toro n’est pas si diffèrent d’un chien.

Suite à la malheureuse tirade de Valls, la BB nationale a appelé à l’aide ses anciens comparses Delon et Bebel pour lancer un appel  au conseil constitutionnel dans un communiqué daté du 18 septembre. Rappelant la logique des principes législatifs et les habituelles injonctions à s’opposer à la cruauté et la souffrance. Il fallait au moins que ces 3 légendes du cinéma se réunissent pour faire entendre un peu la voix abolitionniste.

Tous les pro-corrida ne sont pas des tartuffes

Tous les pro-corrida ne sont pas des tartuffes mais le lendemain de l’appel de BB,  c’est un tartuffe (ou un machiavel) qui s’est levé de bonne heure. Le PDG du groupe SEBDO Le Point, Franz-Olivier Giesbert, s’est essayé à l'exercice pro-taurin indirect dans une tribune de son journal : « les tartuffes anti-corrida ». Si la stratégie est finaude, il ne prétend pas défendre la corrida mais attaquer l’hypocrisie des anti-corrida,  la tactique s’avère pour le moins vaseuse.

Son argumentaire se base rapidement et indirectement sur le sophisme du pire: Parce qu'il y a pire ailleurs (comme l'abatage rituel), alors la situation est acceptable en l’état.

Mais selon lui, le vrai problème, c’est que ce qui gène les abolitionnistes, c’est la vue du sang et que tant qu’ils ne le voient pas, la situation leur va. C’est pour ça qu’il veulent interdire la corrida et pas l’abattage Hallal ou Casher. C’est pour ça qu’ils sont des tartuffes.

M. Giesbert n’aurait pas forcément tord lorsqu’il dénonce une société qui « refuse de voir le sang ».  Par exemple, les hindous brûlent leurs morts publiquement, visions et odeurs de mort qui seraient insoutenables chez nous, bien "pire" qu’une corrida. Pourtant la majorité hindouiste, végétarienne, est attachée aux principes de non violence. La différence avec la corrida ou le chien de boucherie Coréen, c’est qu’il n’y a pas d'institutionnalisation de souffrance inutile. Surprise ! On peut regarder la mort sans la provoquer inutilement !

Ceci dit, quand bien même M. Giesbert aurait vu juste, les « abolitionnistes tartuffes » n’en auraient pas tord pour autant lorsqu’ils demandent l’abolition de la corrida. Ce n’est pas parce que les raisons sont mauvaises que les revendications le sont également.

Qu’il se rassure cependant, son assertion est de toute façon très loin de la réalité. L’immense majorité des avocats anti-taurins sont en pointe dans les combats contre la souffrance animale en général. Qu’elle soit érigée en spectacle public ou cachée dans un abattoir rituel.

Il conclut en suggérant aux sages du conseil constitutionnel de valider la corrida en attendant, un jour éloigné peut être, de s’attaquer sérieusement à la souffrance animale dans tous les domaines. Autrement dit, pour combattre sérieusement (un jour, peut être) la souffrance animale, il faut continuer à torturer les toros. Bonjour Tartuffe !

Il existe une multitude de bonnes raisons qui ont poussé la majorité des plus grands philosophes humanistes a considérer qu’une société un tant soit peu civilisée doit bannir les sévices graves et  inutiles envers les animaux. Si dans cette voie, ce qui est perdu en tradition se gagne en humanité et ouvre la voie à d’autres avancées contre la souffrance animale ou humaine, alors ce chemin vaut la peine d’être suivi.

Quelque soit la décision du conseil constitutionnel et quoiqu’en pensent les tartuffes, le combat contre la souffrance animale continuera sur d’autres fronts: combat de coqs dans le Nord, massacre de dauphins au Japon ou au Feroe, abattage ritualo-industriel, expérimentation cosmétique, fourrure etc … les batailles ne manquent pas. La corrida n’en est qu’une “petite”, mais hautement symbolique.



La tirade de M. Valls : http://www.lejdd.fr/Societe/Actualite/Menacee-la-corrida-est-soutenue-par-Valls-554158
L’appel de BB : http://www.fondationbrigittebardot.fr/s-informer/spectacles-d-animaux/actualites/lettre-sages-conseil-constitutionnel
L’article de M. Giesbert : http://www.lepoint.fr/societe/les-tartuffes-anti-corrida-19-09-2012-1507807_23.php


Le top 19 des mauvaises raisons de défendre la corrida

(Article Publié sur R89

La récente inscription de la tauromachie au  patrimoine immatériel de la France par une obscure commission a relancé le débat sur la corrida et son cortège d’arguments plus ou moins convaincants.

Le problème pourrait paraître simple “torturer un être sensible pour se distraire, c’est paaas bien” … mais il est, parait-il, compliqué. Je voudrais donc reprendre les principaux arguments en faveur de la corrida et voir s’ils débouchent effectivement sur une remise en question de principes simples ou s’ils ne servent qu’à les compliquer pour masquer une simple “afición” au détriment de la raison.

Les arguments en gras ci-dessous sont résumés en une phrase, mais la réponse associée reste valable pour les versions plus longues et sophistiquées de l’argument en question. J’ai par ailleurs tenté de les classer par ordre de pertinence, des plus stupides aux plus déstabilisants. Le texte est long et l’architecture volontairement simple, s’il vous ennuie, vous pouvez directement piocher l’argument qui vous parle.

 

***

1/ Le taureau ne souffre pas et « ce n’est qu’un animal »

 

Certains croient encore que le taureau, comme les végétaux, serait dépourvu de système nerveux. L’éthologie a depuis longtemps intégré le fait que l’immense majorité des mammifères souffrent aux niveaux physiologique (dommages physiques), neurologique (douleurs) et psychologique (stress).

Beaucoup de mammifères (et certains oiseaux) [1] sont d’ailleurs conscients d’eux-même, ont des émotions, un langage, savent se projeter dans le temps etc … Ces considérations sont souvent minimisées, voire cachées, car elles plaident évidemment pour une meilleure prise en compte de leurs intérêts.

 

2/ Les abolitionnistes feraient mieux de se préoccuper de l’abattage Halal

 

Tout d’abord le rapport n’est pas évident, il est question de la corrida, pas de l’abattage halal ou de la faim dans le monde. Dans leur immense majorité les abolitionnistes ne s’embarrassent pas de considérations irrationnelles qu’elles soient religieuses ou traditionnelles et seront évidemment contre les anachronismes monstrueux de l’abattage casher, halal et autres superstitions sanglantes.

Cet argument est non seulement biaisé mais souvent malhonnête car lorsque des groupements de défense animale dénoncent l’abattage Halal, ils se voient aussitôt répondre qu’ils devraient aussi bien dénoncer le foie gras ou la corrida.

 

3/ Les abolitionnistes feraient mieux de se préoccuper de la faim dans le monde

Que faut-il comprendre ? Que le fait que des humains meurent de faim autorise à torturer des animaux ? Si l’on trouve un certain charme à cet argument il faut avoir l’honnêteté de l’appliquer aussi aux aficionados : Plutôt que de gaspiller des sommes folles à torturer un animal, les aficionados et les toreros feraient mieux de se préoccuper de ceux qui meurent de faim. 

Je pourrais écrire un article sur la faim dans le monde, mais il irait rejoindre la cohorte d’articles déjà écrit sur ce sujet consensuel. Viser un sujet polémique (la cause animale) aux implications minimisées me parait être la chose la plus efficace que je puisse faire maintenant donc c’est ce que je fais. Si Dieu ou une vache sacrée me donnait soudainement le choix entre sauver les femmes brulées vives en Afghanistan et sauver les taureaux des corridas, je choisirai sans hésiter très longtemps la première option (je retournerai ensuite finir cet article).

 

4/ Respecter les animaux c’est abaisser les humains

 Pourquoi les deux seraient-ils interconnectés comme des vases communicants? A-t-on une dose limite de respect à partager ? Beaucoup de philosophes (Plutarque, Montaigne, Yourcenar, Tolstoï …) avancent la thèse inverse, le mépris et la maltraitance animale participe à la normalisation du mépris et de la violence tout court … à défaut de certitudes, cette dernière thèse vaut bien la première.

Il n’est d’ailleurs pas question de mettre humains et animaux sur un pied d’égalité, même si de nombreuses personnes le pensent, ce n’est pas le débat. Il n’est donc pas demander que le taureau soit traité comme un homme, mais que les hommes arrêtent de traiter le taureau comme un jouet.

 

5/ La corrida c’est légal

 

Comme la pollution, les privilèges des anciens ministres, les discothèques en plein air, la peine de mort aux US, la lapidation en Iran, le quasi esclavagisme en Chine, la déforestation par napalm et comme le furent en leur temps les sacrifices humains et autres joyeusetés. Dans un débat éthique, celui qui se refugie derrière la loi a souvent mauvaise conscience.

Par ailleurs, la même loi considère que si la corrida est pratiquée dans les régions non autorisée, alors il s’agit de « sévices graves ou actes de cruauté envers les animaux ».

 

6/ Ceux qui condamnent la corrida n’y connaissent rien

D’abord non, beaucoup d’abolitionnistes finissent par s’y connaitre bien plus que l’aficionado moyen et puis il n’y a pas besoin de connaitre dans le détail une pratique pour la condamner dans sa globalité.

Pas besoin de connaître le fonctionnement d’une centrale nucléaire dans le détail pour s’y opposer sur la base d’arguments simples : en multipliant la probabilité du risque par sa gravité et en réfutant la doctrine consumériste qui ne veut pas envisager la moindre baisse de consommation énergétique par exemple.

 

7/ Les aficionados aiment les taureaux et sont des gens comme tout le monde

Le fait d’aimer ou d’être respectable ne donne pas le droit de torturer et surtout, les aficionados ne sont pas le problème. Peu importe qu’ils aiment ou haïssent le taureau, qu’ils soient des psychopathes, des saints ou M. Toutlemonde. Ce qui est en cause, c’est la torture publique d’un animal, pas l’ «amour», l’émerveillement, l’idiotie ou l’indifférence à la souffrance des spectateurs.

On peut d’ailleurs trouver beaucoup de pratiques ou les bourreaux déclarent leur amour à leurs victimes, il y’a sûrement des dynamiques psychologiques intéressantes, mais ce n’est pas le problème.  


8/ La corrida est un Art et une tradition

Pourquoi pas, mais cela n’est en rien une caution morale. Les jeux du cirque Romains et les sacrifices Aztèques étaient également des traditions. On peut tout à fait être sensible aujourd’hui encore à l’esthétique et aux codes de ces traditions sans pour autant les cautionner moralement.

Très souvent d’ailleurs, les pires atrocités sont commises dans les plus beaux habits (uniformes des armées Soviétique ou Nazie, costumes des cérémonies sacrificielles ou des banquiers de Goldman Sachs).

Par conséquent, dans un débat éthique, l’argument de la tradition (“on l’a toujours fait donc c’est bien”) ou de l’Art (“c’est beau donc c’est bien”) est complètement inapproprié, il peut permettre de comprendre une situation mais en aucun cas la justifier.


9/ Si l’on n’aime pas ce spectacle il n’y a qu’à ne pas y aller

J'espère ne pas être le seul à rester dubitatif devant ce genre d’”argument”. Le problème n’est pas d’aimer ou de ne pas aimer un spectacle, le problème ce sont ces conséquences (torturer un animal).

Si les premiers anti-esclavagistes s’étaient contentés de respecter l’ « opinion » des esclavagistes en n’ayant pas d’esclaves et en n’achetant que des objets certifiés sans servitude, il aurait fallu un siècle de plus pour abolir cette pratique.

Ce nouvel argument est nul lui aussi, le problème n’est pas d’être spectateur de l’action, le problème c’est l’action.

 

10/ Les abolitionnistes veulent imposer leur point de vue hygiéniste et moraliste

Certes, mais si c’est le bon ? Heureusement que les anti-esclavagistes réussirent en leur temps à « imposer » leur « point de vue moraliste».

C’est un argument classique qui consiste à coller une étiquette sur son adversaire …. Ce n’est pas forcément malhonnête, mais il ne se suffit pas à lui seul, il faut prouver que l’étiquette est méritée.

 

11/ Vouloir abolir les corridas, c’est de l’anthropomorphisme

Pourquoi pas. Ceci dit l’anthropomorphisme  est bien moins souvent à coté de la plaque que l’anthropocentrisme.

Cette accusation est une version sophistiquée de l’argument niant aux taureaux la souffrance en collant aux abolitionnistes une étiquette grandiloquente mais qui ne change rien à la situation.

Accusation d’intellectuels urbains d’ailleurs, qui oublient souvent que les aficionados, pour défendre leur spectacle, sont les premiers à prêter au taureau des valeurs de courage, de bravoure et de comportement humain.

 

12/ Il faut du courage pour affronter un taureau

C’est vrai, on peut reconnaitre du courage au torero qui, contre rétribution sonnante et trébuchante, prend un peu de risque - son espérance de vie doit être la même que celle d’un motard du dimanche et moindre que celle d’un pompier. Quand bien même, il faut beaucoup plus de courage pour se lancer seul dans le trafic d’héroïne, se battre contre les concurrents et les polices etc … est ce pour autant que vendre de l’héroïne est un acte glorieux ?

Le fait qu’un acte soit courageux n’est pas une mesure éthique de cet acte.

D’ailleurs le véritable courage et l’honneur se mesure dans les situations à risques, anormales ou  imprévisibles. Durant une corrida, si le taureau à le malheur de prendre le dessus ou d’oser s’échapper, une armée de tortionnaires se charge immédiatement de lui rappeler son destin de sacrifié en remettant le torero en selle ou en appelant les flics en pleurant pour qu’ils viennent achever le fuyard à coup de pistolet…on a vu plus chevaleresque.

La corrida n’est pas un combat, c’est une mise à mort.


13/ Picasso et Hemingway aimaient bien la corrida

Sans vouloir les dénigrer, ces derniers sont beaucoup plus connus pour être des pointures dans leur domaine respectif (la peinture et la littérature) que pour la profondeur de leurs réflexions. Hemingway, s’extasiait devant le spectacle d’un cheval paniqué galopant dans ses entrailles pendantes… Quant à Picasso, élevé dans le bain des corridas, il ne sera pas le premier artiste insensible à la cause animale. Cette insensibilité n’enlève par ailleurs rien à leurs engagements pour d’autres causes.

Soyons sérieux, à part de rares personnalités et quelques « philosophes » franco-français à l’argumentaire BéacHéLien [2], on ne trouvera pas grand monde pour défendre cette pratique.

 

La liste des philosophes et artistes ayant pris position en faveur d’un traitement éthique des animaux en général (Léonard De  Vinci, Einstein, Tolstoï, Lamartine, Plutarque, Gandhi …) et contre la corrida en Particulier (Hugo, Zola, Yourcenar, Théodore Monod, Mark Twain, George Clemenceau...) est plus longue et plus impressionnante que les quelques personnalités qui la soutiendront.

S’il suffisait donc de faire un concours de notoriété entre les personnalités « pour » et « contre » la corrida n’aurait jamais existée.

Et s’il suffisait de faire une enquête de popularité, la corrida disparaitrait également (aussi bien en France qu’en Espagne).

 

14/ Le taureau de combat à une meilleure vie et une mort digne comparé à un animal d’élevage et les antis n’ont qu’à être végétariens

A moins peut être de tomber entre les mains d’une armée de vampires psychopathes nazis peu de choses sauraient être pire que la vie d’un animal d’élevage industriel. Mais encore une fois, pourquoi lier les deux problèmes ? Les humains ne sauraient ils pas réserver d’autres destins aux animaux à leur merci que la souffrance et la mort ?

On objecte qu’étant donné que les végétariens vivent aussi longtemps et en bonne santé que les autres, il faudrait que les abolitionnistes le soit  pour être pour être en cohérence avec eux même. C’est ignorer qu’il existe bien des façons de continuer à manger des animaux sans soutenir l’élevage industriel, et c’est souvent le cas des abolitionnistes quand ils ne sont pas végétariens.

Même chose pour l’essence par exemple, on peut critiquer l’utilisation du pétrole et militer pour les énergies alternatives, sans pour autant se déplacer à pied ou à vélo. On peut continuer à utiliser sa voiture raisonnablement (à défaut de mieux).

L’assertion « si vous mangez des animaux d’élevage intensifs (qui ont une vie et une mort horrible), alors vous ne pouvez pas vous opposer à la corrida (ou le taureau a une bonne vie et qu’une mort horrible) » n’est de toute façon pas logique. Si vous bénéficiez des conséquences d’une action mauvaise vous n’êtes pas tenu de soutenir une autre mauvaise action qui n’a rien à voir…. Heureusement, sinon nous finirions tous satanistes.

Nous sommes tous coincés quelque par entre nos habitudes (alimentaire, vestimentaire, transports etc …) et le système productiviste qui nie la plupart des principes de bon sens (respect de la vie, vision durable, opposition au travail des enfants etc …). Commencer par prendre conscience de ce système, plutôt que de crier fièrement « Olé », c’est commencer à le changer. C’est un autre vaste et passionnant débat mais pas besoin d’être un saint donc, pour dénoncer la corrida.   

15/ S’opposer à la corrida c’est de la sensiblerie

Beaucoup de victoires humanistes ont été obtenues grâce à la sensibilité (refus de l’esclavagisme, loi contre la maltraitance des animaux etc …). La sensibilité est à la base de l’empathie, elle-même à la base de l’éthique. Ce n’est probablement pas une mauvaise chose en soi.

La sensiblerie alors ? Ce serait un excès de sensibilité qui obscurcirait le jugement. Et bien encore une fois il ne suffit pas de coller une étiquette, il faut développer. Tout le monde (à part quelques personnes qu’il vaut mieux ne pas avoir comme amies) tombe d’accord sur le fait que ce n’est pas bien de disséquer vivant un chien ou un chat pour la beauté du spectacle. Pourquoi donc réserver l’accusation de sensiblerie aux abolitionnistes ?

Et au passage on pourra aussi se demander en quoi l’« afición» n’en obscurcirait pas moins le jugement que la « sensiblerie ».

16/ L’interdiction de la corrida participe à la destruction de l’identité des peuples

On peut effectivement constater une mondialisation des cultures et s’en inquiéter à juste titre.

Mais la réflexion s’arrête en cours de route, les deux causes (défense animale et défense de l’identité des peuples) s’opposent autant qu’elles s’attirent. Qu’il y ait un mouvement d’uniformisation culturelle ne signifie pas qu’il faille systématiquement prendre la défense des cultures et des traditions. Par conséquent nous en revenons à l’argument de la tradition …. Qui n’en est pas un.

17/ Les taureaux survivent grâce à la corrida et leur élevage nécessite de grands espaces protégés

Les toros bravo sont en effet une race artificielle, comme les pit-bulls, maintenue en vie pour le bon plaisir des aficionados. Leur couteuse passion n’a pas que des aspects négatifs : pour élever les taureaux il faut de grands espaces quasi sauvages. Toutefois, il s’agit d’une « externalité positive » qui n’est pas voulue pour elle-même (grands espaces sauvages préservés) mais pour sa raison d’être (permettre de torturer un animal en public). Si l’on peut accepter cet argument d’un point de vue pragmatique il reste douteux du point de vue éthique.

Peu de gens se plaindraient (à part les aficionados et quelques promoteurs immobiliers), que les vastes espaces des élevages soient transformés en réserve biologique.

Concernant la survie « du » taureau, encore une fois ce qui est en cause c’est la torture publique, pas la survie d’une espèce artificielle. « Les » taureaux, comme les souris blanches ou les saumons Monsanto peuvent bien disparaitre, ce n’est pas un problème éthique (pas de  discrimination en fonction de la race ou l’espèce), ni même écologique puisque souvent le maintien des espèces artificielles se fait au détriment des espèces sauvages.

Si l’on est opposé à ce point de vue, alors il faut encourager la création de plus d’espèces artificielles, et si possible des espèces qui creusent des trous le matin pour les reboucher le soir … les Shadocks adoreraient.

De toute façon, ne doutons pas que si la corrida venait à être interdite, les aficionados n’hésiteraient pas à soutenir de petits élevages pour préserver l’espèce, par amour du taureau, n’est ce pas ?


18/ La corrida ne représente rien par rapport à l’élevage concentrationnaire ou l’expérimentation animale

C’est vrai, je crois qu’il y a autour de 4.000 taureaux sacrifiés par ans, si l’on compare aux milliards d’animaux abandonnés à leur souffrance dans des camps ou aux millions d’autres torturés en passant des tests aux résultats connus d’avance pour pouvoir remettre sur le marché des cosmétiques inutiles, ça donne le vertige.

C’est un argument valable d’un point de vue utilitariste, la lutte contre la corrida s’inscrit plus dans une démarche symbolique : la remise en cause de la domination totalitaire de l’homme sur les autres espèces, en l’occurrence la souffrance et la vie d’un animal conscient offert pour une  distraction de quelques humains.

La véritable force est d’être juste et compatissant avec le plus faible, pas de l’utiliser pour son bon plaisir, c’est la base de l’éthique.  

On peut tout à fait défendre le point de vue consistant à dire que les humains on tous les droits sur les autres espèces, mais cautionner la loi du plus fort quand on est le plus fort est assez facile et au final hasardeux (on finit toujours par rencontrer plus fort que soit, et bizarrement on change instantanément de point de  vue).

19/ Abolir la corrida c’est nier la nature humaine / la corrida c’est la civilisation / la symbolique du combat de l’homme contre la nature

Le béton et le désert remplacent les derniers hectares habitables de la planète, les humains s’entassent dans des villes termitières complètement coupés du reste de la nature, partageant une culture de plus en plus uniforme, abrutis de téléréalité, cachant la violence intrinsèque de leur mode de vie derrière la publicité et les grands discours…. De nombreuses personnes en viennent à penser que les poissons sont une espèce surgelée et panée, que les saucisses poussent sur les arbres, que tous les animaux parlent entre eux et sont gentils comme Bambi Disney.

Parmi eux toutefois, une dernière poche de fiers résistants sait encore ce qu’est un animal, ils savent encore que la nature magnifique et sauvage ne fait pas de sentiments. Afin de préserver ce savoir issu de l’aube de l’humanité, pour lutter contre l’urbanisation des esprits et célébrer la vraie civilisation, ils décident courageusement et en dignes héritiers de rites immémoriaux… de digérer leur repas dominical bien protégés derrière des barrières de sécurité en regardant un animal se faire torturer.

On peut être d’accord sur le constat, mais il y a toujours quelque chose qui cloche sur la conclusion. La corrida est avant tout un spectacle destiné aux urbains en mal de distraction, pas aux rares humains qui sont encore directement en contact avec la nature. Elle est (comme les jeux du cirque) bien plus un ancêtre de la téléréalité qu’une symbolique de la vie et autres grandioses désignations. 

La symbolique du combat de l’homme contre la nature n’a donc plus de raison d’être, j’espère que nous conviendrons que nous avons dépassé ce stade. Les terra incognita et autres forêts primaires peuplées d’animaux hostiles ne représentent plus qu’une partie infime de la planète. Agir pour préserver ce qui reste est infiniment plus noble que de s’acharner sur un animal artificiel sensé représenter une nature sauvage en train de disparaitre.

***

Si l'on peut éventuellement trouver quelques excuses aux aztèques ou aux romains qui vivaient il y a quelques siècles dans un environnement violent et difficile, le maintien de la corrida, reliquat des jeux du cirque, dans nos sociétés modernes semble bel et bien être un anachronisme morbide.

Peu étonnant au final que la France, sous le règne de l'UMP et sa brochette de ministres illettrés s'empresse de s'accaparer cette "tradition" qui si elle n’est ni de son territoire, ni de son époque est en ligne droite avec sa vision dominatrice du monde où la seule "liberté" intouchable devient celle de consommer, quelles qu'en soient les conséquences.

Si je n’ai pas balayé l’ensemble du spectre argumentatif pro-taurin, je pense avoir réfuté le cœur de l’argumentaire habituel des avocats de cette pratique. Ces « arguments » sont en fait des sophismes bien connus (on peut  s’amuser à les retrouver sur Wikipedia par exemple [3]).

Ceci dit, si les arguments pro-corrida sont tous mauvais, cela ne signifierait pas forcément que la position abolitionniste soit bonne. Considérer les aficionados et les abolitionnistes comme d’inutiles guignols peut aussi être une position défendable. Pourquoi alors s’opposer à cette pratique ?

Il existe beaucoup de raisons de s’y opposer, les plus simples étant les meilleures, mais ce n’est pas le but de cet article de les énumérer.

Personnellement je m’oppose à cette pratique tout d’abord pour le principe de défense des plus faibles, humains ou animaux, opprimés pour des motifs futiles. Le calvaire d’un taureau vaut bien plus que quelques minutes de distraction d’humains désœuvrés.

Je m’y oppose également parce qu’elle symbolise le totalitarisme humain, la domination absolue, aveugle et sans partage de notre espèce au total détriment de toutes les autres. Nous avons conquis et maitrisés notre environnement immédiat, conduisons nous de manière plus respectueuses envers ceux qui étaient hier nos concurrents ou ennemis mais que nous appelions néanmoins nos frères. Il en va désormais de notre propre survie mais également je pense de notre humanité.


Actias

[1] Grand récapitulatif de ces questions dans cet article : http://www.cahiers-antispecistes.org/spip.php?article156 et si vous préférez un exemple concret je vous conseille le site de Koko le gorille qui parle le langage des signes http://www.koko.org/index.php (exprime des émotions, évoque des souvenirs d’enfance, tente de faire accuser ses camarades de ses propres forfaits  etc …).

[2] l’honnêteté me pousse à mettre un lien vers un des meilleurs textes pro-corrida. http://www.jies-arles.com/article-francis-wolff-philosophie-et-corrida-42333003.html

Malgré ses charmes, les ficelles sont grosses à commencer par le green-washing. L’écologie ou la protection des animaux n’a jamais été une préoccupation des taurins, ça l’est opportunément devenue dans le discours ces dernières années. L’auteur donne ensuite SA vision de la relation hommes-animaux qui va dans le sens de sa passion (critiquant l’anthropomorphisme des animalistes tout en l’utilisant lui-même en conclusion).

[3] http://fr.wikipedia.org/wiki/Sophisme



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