Changement climatique

La viande : 51% des émissions de gaz à effet de serre ?

Il est désormais largement reconnu que la production de viande représente un coût écologique au moins aussi désastreux que celui de l'industrie des transports. Une étude publiée par la FAO en 2006 officialisait ce fait en évaluant à 18% la part de la production de viande dans la totalité des émissions de Gaz à Effet de Serre. Une récente publication du Worldwatch Institute [1] révise ce chiffre, le portant désormais à ... 51%.


Le rapport de l'ONU

En 2006, le rapport de l'ONU publié par la FAO "Livestock Long Shadow
" [2] avait fait couler beaucoup d'encre. Il officialisait et révélait au monde les conséquences catastrophiques de la production "moderne" de viande sur l'environnement. L'analyse portait sur les émissions de gaz à effet de serre mais également de l'impact sur la biodiversité ainsi que la dégradation des sols, de l'air et de l'eau.
La production de viande se hissait soudainement parmi les 2 ou 3 premiers facteurs les plus destructeurs de l'environnement. A titre de comparaison, les estimations des émissions de gaz à effet de serre induites par l'élevage dépassaient celles de tous les transports réunis (voitures individuelles, camions, cargos, avions etc ...).
Constatant qu'avec l'essor des pays émergeant la demande en viande allait doubler d'ici quelques années, les recommandations des rapporteurs incitaient, entre autres, à modifier les animaux et les végétaux génétiquement et à circoncire les derniers espaces naturels qui resteraient après la ruée vers la viande (en supposant qu'il en reste).

Les raisons, par l'exemple des petits lardons

Un premier rapport d'une Worldwatch Institute, dont il existe une traduction française, avait d'ailleurs sonné l'alerte en détaillant les raisons qui ne sont pas forcément évidentes au premier coup d'oeil.
Pour l'illustrer, nous pourrions prendre l'exemple de banals et innocents "petits lardons". Pour pouvoir proposer cet ingrédient à bas prix, il faut tout d'abord nourrir des cochons, pour cela on importe des tourteaux de soja. Cette espèce unique de soja OGM est produite en Amazonie en lieu et place d'une forêt primaire multi millénaire dont la biodiversité est détruite à tout jamais [3]. Cette culture nécessitera des engins agricoles, toutes sortes de pesticides et des millions de litres d'eau. Passons le transport en cargo dudit soja vers les élevages occidentaux où les cochons les attendent, parqués par milliers dans des conditions tout simplement abominables.
Même si la logique économique les réduits à des unités artificielles de production de petits lardons, il s'agit encore d'êtres vivants qui transformeront une grande partie de l'énergie qu'ils ingurgitent pour maintenir leur température interne, créer des os, créer du stress et autres besoins physiologiques non comestibles pour l'homme. Leur triste "vie" supportée à grand renfort d'antibiotiques dans un univers de béton sera un fertile terrain de mutation à virus et générera des tonnes d'excréments qui finiront en algues vertes et autres émissions de gaz à effet de serre.
Après avoir été mis à mort et découpés par des robots de plusieurs tonnes ils finiront enfin sous forme de bons "petits lardons" qui devront être transportés sur de longues distance en respectant une chaine du froid grande consommatrice d'énergie (la viande se conservant beaucoup moins bien que les végétaux) pour devenir enfin disponible au rayon frais de votre supermarché... et avec un peu de chance, il y aura même une promotion ...    
Contrairement à ce que pourrait laisser croire une analyse de premier degré, l'élevage tel qu'il est pratiqué pour pouvoir fournir en viande les concentrations urbaines ne créer pas de nourriture et ne favorise pas la préservation des espèces. Le rendement thermodynamique de la production de viande est déplorable et au final, cette industrie détruit 7 fois plus de nourriture qu'elle n'en produit.  En maintenant artificiellement la survie de quelques espèces domestiques, elle en extermine des milliers de sauvages, pour toujours.
C'est une vérité encore difficile à admettre pour beaucoup d'occidentaux, mais une banale barquette de "petits lardons", de "saussiflard" ou autres "charcutailles" présentés comme des merveilles culinaires par un marketing de masse sont en fait des concentrations de ce que l'humanité sait faire de pire à son envirronement. 

La révision des chiffres


Signalons au passage la parution cette année du livre de Fabrice Nicolino étudiant à fond le problème et révélant les stratégies mises en place par les industriels de la viande pour cacher des vérités affolantes. Ce livre reprenait les chiffres du rapport de l'ONU concernant les émissions de gaz à effet de serre du secteur, soit 18%.
Il s'avère que la réalité pourrait être bien pire que prévu, la publication par le Worldwatch Institute du rapport de Robert Goodland et Jeff Anhang, anciens experts environnementaux de la banque mondiale (institution de lutte contre la pauvreté de l'ONU): "Livestock and Climate Change" élèverait cette estimation à 51%, soit plus de la moitié de la totalité des émissions anthropogéniques de CO2. 
Cette révision se base entre autres sur l'inclusion dans l'équation de paramètres ignorés ou sous évalués par le rapport de 2006, notamment:
  • La respiration des troupeaux, qui n'est pas considérée comme une source nette de CO2 selon le rapport de Kyoto (dans cette optique, un animal peut même être considéré comme un puits de carbone). Simplement, cela met de côté le fait que cette sur-reproduction artificielle d'animaux domestiques remplace dans la plupart des cas une forêt primaire et que les molécules de CO2 issues de leur respiration sont aussi naturelles que celles rejetées par un pot d'échappement.
  • La sous estimation de l'impact des cultures fourragères et du rejet de méthane.
  • L'exclusion des aquacultures.
  • Le cout d'opportunité comparé aux produits sans viande, par exemple: la chaine du froid à respecter, le temps et la température de cuisson (beaucoup plus élevés pour la viande), l'incinération des déchets, les emballages plus spécialisés (pour des raisons sanitaires) etc...
Au total on atteint le chiffre incroyable de 51%.

Conclusion

Tout le monde ne doit pas forcément devenir végétarien[4], mais quand on sait que 99,5% de la viande consommée en France est d'origine industrielle et qu'il n'y a plus trop de place pour les élevages "bio", une réduction plus que drastique (1 fois ou 2 par mois) de la consommation de viande et autres sous produits animaux est de très loin le geste le plus efficace pour diminuer notre impact négatif sur la nature. Largement devant la voiture électrique ou l'isolation domestique.
Rappelons qu'il existe une très grande diversité de produits sans viande, équilibrés et
infiniment moins dommageable pour l'environnement qui n'attendent que l'augmentation de notre demande pour être disponibles.
Une chose est sûre, si l'on regrette le changement climatique et que l'on considère qu'il est en grande partie du à l'activité humaine, on est alors en totale contradiction avec nos considérations dès lors que l'on plantent nos fourchettes dans un morceau de ce qui autrefois fut l'Amazonie.



Notes et références:
[1] Le Worldwatch Institute est une ONG de recherche environnementale américaine, considérée comme l'une des plus importante dans sa catégorie. Elle conseille l'ONU et la FAO et publie chaque année un rapport sur l'état du monde.
[2] Livestock's Long Shadow - Environmental Issues and Options. Food and Agriculture Organisation. 2006. ISBN 9251055718.
[3] En moyenne, il faut 659 m² de plantation de soja transgénique par français pour fournir les 92 Kg de viande consommée par an. Bidoche, Fabrice Nicolino
[4] Les régimes végétariens (et végétaliens), contrairement aux mythes, n'ont rien à envier en termes de santé aux régimes carnés (voir entre autres le rapport de l'ADA, la plus grande association diététique mondiale).

Actias

 

Une vérité qui dérange Al Gore

Après le remarquable documentaire d’Al Gore sur le réchauffement climatique, une polémique est née aux Etats-Unis suite aux attaques d’associations lui reprochant de passer volontairement sous silence les sources d’émissions de gaz à effet de serre bien plus polluantes que tous les transports réunis et bien plus facile à éviter.

 

Il faut tout d’abord commencer par reconnaître le formidable tremplin qu’aura donné Al Gore à la dénonciation du problème du réchauffement planétaire. Il aura fait un travail mémorable de communication et d’information qui a fait date. Ca, on ne pourra jamais le lui enlever. Mais peut-être va-t-il falloir se passer de son exemple [1] pour agir concrètement.

Il n’est donc pas question de remettre en cause la pédagogie et la valeur informative du documentaire Une vérité qui dérange. Mais, au long du documentaire, quelque chose d’autre que le réchauffement climatique peut déranger : on y entend en effet la voie torturée par l’angoisse des conséquences de nos actes d’un Al Gore voyageant en business class [2] ou conduisant sa grosse berline à travers l’élevage bovin de ses parents.

Il y a là une distance astronomique entre le discours et l’action qui n’a pas échappé non plus aux associations de défense des animaux qui l’attendaient au tournant.

En effet, peu de temps après la sortie du documentaire, des critiques ont commencé à pleuvoir de la part notamment des associations de droits des animaux Humane Society et de PETA, car ces dernières surfent désormais sur la vague écolo avec un argument massue :

Confirmé récemment par un rapport de l’ONU, la consommation de viande [3] est une cause incontournable du réchauffement climatique, selon certains calculs elle y contribuerait deux fois plus que tous les modes de transports réunis. Pour l’illustrer, des géophysiciens de l’université de Chicago ont calculé que le passage à un régime sans viande est nettement plus efficace écologiquement que de rouler en voiture hybride. Passer ce fait sous silence reviendrait donc à utiliser les mêmes méthodes de désinformation que M. Gore dénonce dans son documentaire.

Et ce n’est « que » la contribution au réchauffement planétaire de l’élevage qui est mise en avant. La transformation artificielle d’eau, d’hydrocarbures et de végétaux en barquette de viande a d’autres impacts tout aussi désastreux écologiquement. Plus de la moitié des surfaces agricoles y sont dédiées en France, et d’autres pays, pour accompagner la croissance de la demande mondiale, transforment des écosystèmes uniques en pâturage et culture fourragère (par exemple l’Amazonie, rongée par les pâturage et la culture de soja dont 90 % est destinée à l’alimentation du bétail notamment européen et américain). Le gaspillage d’eau : 70 % de l’eau potable y est détournée rien qu’en France [4]. Sans compter que la concentration d’animaux affaiblis dans les élevages industriels est un formidable terrain de développement pour des maladies transmissibles à l’homme (vache folle, grippe aviaire...). Dans l’avenir, il risque d’être difficile de revendiquer l’addition écologique de cette mauvaise habitude alimentaire sans mourir de honte.

Qu’en dit le héros du refroidissement planétaire ? Pas un mot... si, il a le courage de demander à ses auditeurs de changer d’ampoules électriques pour des modèles à basse consommation ou de s’acheter une voiture hybride s’ils en ont les moyens, il ne leur dit pas que le moyen le plus rapide et efficace pour diminuer leur participation aux émissions de gaz à effet de serre serait de diminuer leur consommation de viande.

Est-il tenu par les tout-puissants lobbies de l’agro-alimentaire et pharmaceutiques américains ? Possible, pourtant il dénonce clairement les lobbies pétrolier et automobiles dans son documentaire. Est-il comme beaucoup d’humains avançant en âge, paniqué par la perspective de changer profondément ses habitudes ? Est-il juste ignorant ?

C’est tout de même assez troublant de la part de quelqu’un se prétendant profondément concerné par la juste cause de l’écologie.

Ces associations ont profité de la situation pour ressortir la trop avant-gardiste litanie sur les bienfaits du végétarisme [5]. La dimension éthique ou diététique conduisant à l’exclusion totale de la viande effraie souvent plus qu’elle n’attire, et malgré sa justesse elle participe souvent à la décrédibilisation du discours aux yeux de la majorité qui ignore pourtant tout de ce mode de vie. Leur travail d’information aura pourtant porté et la polémique a été reprise par le International Herald Tribune et le New York Times. Comme d’habitude, les médias français auront profité de l’occasion pour ne rien dire. Trop dérangeant ?

Aucun geste n’est inutile. Toutefois, il faudra tôt ou tard avoir l’honnêteté intellectuelle de bien vouloir admettre l’impact indéniable de la surconsommation de viande sur l’environnement et la santé et de faire l’effort d’en manger moins. Se focaliser uniquement sur les ampoules électriques ou les voitures hybrides risque d’être fort insuffisant. Qu’Al Gore le veuille ou non, la lutte contre la pollution et le réchauffement planétaire ne pourra pas sauter la case de la remise en cause de nos habitudes alimentaires.

 

Epilogue de la polémique :

Diminuer sa consommation de viande - le geste le plus simple, rapide et efficace pour diminuer son empreinte écologique et ses émissions de gaz à effet de serre - sera désormais "suggéré" à la page 317 du livre Une vérité qui dérange...

 

[1] En plus de l’objet de cet article, il apparaîtrait que le foyer des Gore consommerait 20 fois plus d’énergie qu’un foyer américain moyen. Polémique reprise par L’Express. A noter également la publicité passive pour Apple (dont M. Gore siège au comité de direction) qui est la marque la plus mal notée par Greenpeace dans son classement des marques high-tech utilisant des composants toxiques.

[2] « L’avion charter bien rempli, sans classe affaire, est peut-être douloureux pour les jambes, mais il est plus sobre pour le climat, par rapport aux nombres de passagers transportés. » IFEN

[3] Par « la viande », c’est l’élevage intensif ou extensif, nécessaire pour fournir en viande les concentrations urbaines qui est en cause. Si vous êtes un inuit ou un pygmée vous n’êtes pas concerné par la problématique.

[4] Rapport ministériel « agriculture et environnement » 2005

[5] Pour ceux que le débat intéresse, les bienfaits du végétarisme (surtout si les végétaux sont produits localement et de saison) sont avérés pour la santé des humains, pour l’environnement, l’eau, les forêts, les animaux et aussi pour les carottes et les laitues, nul besoin d’être un génie ou un dictateur omnivore pour comprendre.

 


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