Corrida : la Valls des tartuffes

  • Par actias
  • Le 25/10/2012
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La corrida est sur le Grill. Sujet explosif et cyclique, l’année dernière c’était le lobby taurin qui frappait fort en faisant inscrire la corrida au « patrimoine immatériel » de la France. Les associations CRAC et Droits des Animaux ont cette année porté la question de sa légitimité devant le Conseil Constitutionnel. Les esprits se réchauffent, les pour et les contre rentrent dans la danse. Même (et surtout) ceux qui prétendent ne pas avoir d’avis s’empressent de le donner.

corr.jpgLa compatibilité constitutionnelle de la corrida va être examinée par les sages du conseil constitutionnel qui devraient prendre une décision le 21 septembre. En effet, la loi Française (Article 521-1 du code pénal) réprime les sévices graves  et actes de cruauté envers les animaux. La corrida tombe sous le coup de cette loi et est donc une pratique illégale sur le territoire Français. Toutefois, il existe une clause qui tolère des exceptions là ou une tradition locale ininterrompue peut être invoquée. C’est cette surprenante clause (la “cruauté” d’un acte dépend de son emplacement ?) qui est dans le collimateur des abolitionnistes.

Il existe un vaste consensus tacite chez les «élites» françaises pour défendre la souffrance animale sous toutes ses formes (tauromachie, chasse à courre, industrialisation du vivant, expérimentation etc …). La plupart des médias institutionnels ne publient que des tribunes favorables (de l’Huma au Figaro) et le gouvernement socialiste au pouvoir va même se fendre d’un émissaire devant le conseil constitutionnel pour défendre la corrida que la majorité des Français rejettent. Sarkozy n’aurait pas fait mieux. Même l’Espagne est plus en avance que la France pour la diversité du dialogue.

Une valse à un seul

Les médias auront commencé par largement relayer la tirade assez aberrante de M. Valls sur BFMTV-RMC au sujet de la corrida : "une culture qu'il faut préserver.  C'est quelque chose que j'aime, qui fait partie de la culture de ma famille". A moins d’être un idiot ou un dictateur, faire appel à sa tradition, sa famille ou ses goûts personnels pour légitimer une action non consensuelle est l’argumentation la plus pauvre qu’il soit. Monsieur Valls, qui ne voit pas de problèmes à laisser le contrôle des budgets nationaux aux fonctionnaires de Bruxelles, qui s’indigne des débats sarkozystes sur l’identité nationale, s’inquiète soudainement de l’importance des « racines » identitaires nationales qui seraient représentées par la corrida espagnole.

La tradition est invoquée, encore et toujours. Nous pourrions aussi observer une tradition culinaire Coréenne à base de chien torturé à mort ? Suspendus par des fils de fer transperçant leur truffe, puis battus le plus longtemps possible avant d’être brûlés ou écorchés vifs. Il s’agit d’une tradition que beaucoup de familles « aiment » et souffrez d’apprendre que la souffrance du chien augmente le pouvoir aphrodisiaque de la viande.

Cette vision de chien torturé est dérangeante ? c’est parce qu’au fond de nous-mêmes, nous avons un salutaire réflexe d'empathie. Nous savons que le chien ressent la douleur aussi intensément que nous même et qu’il est assez intelligent et sensible pour comprendre l’enfer qu’on lui fait vivre. Ce n’est pas de l'anthropomorphisme, la plupart des chiens ont conscience d’eux même et ont un “niveau mental” équivalent à celui d’un humain de 2 ans. Au niveau de la sensibilité et de l’intelligence, un toro n’est pas si diffèrent d’un chien.

Suite à la malheureuse tirade de Valls, la BB nationale a appelé à l’aide ses anciens comparses Delon et Bebel pour lancer un appel  au conseil constitutionnel dans un communiqué daté du 18 septembre. Rappelant la logique des principes législatifs et les habituelles injonctions à s’opposer à la cruauté et la souffrance. Il fallait au moins que ces 3 légendes du cinéma se réunissent pour faire entendre un peu la voix abolitionniste.

Tous les pro-corrida ne sont pas des tartuffes

Tous les pro-corrida ne sont pas des tartuffes mais le lendemain de l’appel de BB,  c’est un tartuffe (ou un machiavel) qui s’est levé de bonne heure. Le PDG du groupe SEBDO Le Point, Franz-Olivier Giesbert, s’est essayé à l'exercice pro-taurin indirect dans une tribune de son journal : « les tartuffes anti-corrida ». Si la stratégie est finaude, il ne prétend pas défendre la corrida mais attaquer l’hypocrisie des anti-corrida,  la tactique s’avère pour le moins vaseuse.

Son argumentaire se base rapidement et indirectement sur le sophisme du pire: Parce qu'il y a pire ailleurs (comme l'abatage rituel), alors la situation est acceptable en l’état.

Mais selon lui, le vrai problème, c’est que ce qui gène les abolitionnistes, c’est la vue du sang et que tant qu’ils ne le voient pas, la situation leur va. C’est pour ça qu’il veulent interdire la corrida et pas l’abattage Hallal ou Casher. C’est pour ça qu’ils sont des tartuffes.

M. Giesbert n’aurait pas forcément tord lorsqu’il dénonce une société qui « refuse de voir le sang ».  Par exemple, les hindous brûlent leurs morts publiquement, visions et odeurs de mort qui seraient insoutenables chez nous, bien "pire" qu’une corrida. Pourtant la majorité hindouiste, végétarienne, est attachée aux principes de non violence. La différence avec la corrida ou le chien de boucherie Coréen, c’est qu’il n’y a pas d'institutionnalisation de souffrance inutile. Surprise ! On peut regarder la mort sans la provoquer inutilement !

Ceci dit, quand bien même M. Giesbert aurait vu juste, les « abolitionnistes tartuffes » n’en auraient pas tord pour autant lorsqu’ils demandent l’abolition de la corrida. Ce n’est pas parce que les raisons sont mauvaises que les revendications le sont également.

Qu’il se rassure cependant, son assertion est de toute façon très loin de la réalité. L’immense majorité des avocats anti-taurins sont en pointe dans les combats contre la souffrance animale en général. Qu’elle soit érigée en spectacle public ou cachée dans un abattoir rituel.

Il conclut en suggérant aux sages du conseil constitutionnel de valider la corrida en attendant, un jour éloigné peut être, de s’attaquer sérieusement à la souffrance animale dans tous les domaines. Autrement dit, pour combattre sérieusement (un jour, peut être) la souffrance animale, il faut continuer à torturer les toros. Bonjour Tartuffe !

Il existe une multitude de bonnes raisons qui ont poussé la majorité des plus grands philosophes humanistes a considérer qu’une société un tant soit peu civilisée doit bannir les sévices graves et  inutiles envers les animaux. Si dans cette voie, ce qui est perdu en tradition se gagne en humanité et ouvre la voie à d’autres avancées contre la souffrance animale ou humaine, alors ce chemin vaut la peine d’être suivi.

Quelque soit la décision du conseil constitutionnel et quoiqu’en pensent les tartuffes, le combat contre la souffrance animale continuera sur d’autres fronts: combat de coqs dans le Nord, massacre de dauphins au Japon ou au Feroe, abattage ritualo-industriel, expérimentation cosmétique, fourrure etc … les batailles ne manquent pas. La corrida n’en est qu’une “petite”, mais hautement symbolique.



La tirade de M. Valls : http://www.lejdd.fr/Societe/Actualite/Menacee-la-corrida-est-soutenue-par-Valls-554158
L’appel de BB : http://www.fondationbrigittebardot.fr/s-informer/spectacles-d-animaux/actualites/lettre-sages-conseil-constitutionnel
L’article de M. Giesbert : http://www.lepoint.fr/societe/les-tartuffes-anti-corrida-19-09-2012-1507807_23.php


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