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Le top 19 des mauvaises raisons de défendre la corrida

(Article Publié sur R89

La récente inscription de la tauromachie au  patrimoine immatériel de la France par une obscure commission a relancé le débat sur la corrida et son cortège d’arguments plus ou moins convaincants.

Le problème pourrait paraître simple “torturer un être sensible pour se distraire, c’est paaas bien” … mais il est, parait-il, compliqué. Je voudrais donc reprendre les principaux arguments en faveur de la corrida et voir s’ils débouchent effectivement sur une remise en question de principes simples ou s’ils ne servent qu’à les compliquer pour masquer une simple “afición” au détriment de la raison.

Les arguments en gras ci-dessous sont résumés en une phrase, mais la réponse associée reste valable pour les versions plus longues et sophistiquées de l’argument en question. J’ai par ailleurs tenté de les classer par ordre de pertinence, des plus stupides aux plus déstabilisants. Le texte est long et l’architecture volontairement simple, s’il vous ennuie, vous pouvez directement piocher l’argument qui vous parle.

 

***

1/ Le taureau ne souffre pas et « ce n’est qu’un animal »

 

Certains croient encore que le taureau, comme les végétaux, serait dépourvu de système nerveux. L’éthologie a depuis longtemps intégré le fait que l’immense majorité des mammifères souffrent aux niveaux physiologique (dommages physiques), neurologique (douleurs) et psychologique (stress).

Beaucoup de mammifères (et certains oiseaux) [1] sont d’ailleurs conscients d’eux-même, ont des émotions, un langage, savent se projeter dans le temps etc … Ces considérations sont souvent minimisées, voire cachées, car elles plaident évidemment pour une meilleure prise en compte de leurs intérêts.

 

2/ Les abolitionnistes feraient mieux de se préoccuper de l’abattage Halal

 

Tout d’abord le rapport n’est pas évident, il est question de la corrida, pas de l’abattage halal ou de la faim dans le monde. Dans leur immense majorité les abolitionnistes ne s’embarrassent pas de considérations irrationnelles qu’elles soient religieuses ou traditionnelles et seront évidemment contre les anachronismes monstrueux de l’abattage casher, halal et autres superstitions sanglantes.

Cet argument est non seulement biaisé mais souvent malhonnête car lorsque des groupements de défense animale dénoncent l’abattage Halal, ils se voient aussitôt répondre qu’ils devraient aussi bien dénoncer le foie gras ou la corrida.

 

3/ Les abolitionnistes feraient mieux de se préoccuper de la faim dans le monde

Que faut-il comprendre ? Que le fait que des humains meurent de faim autorise à torturer des animaux ? Si l’on trouve un certain charme à cet argument il faut avoir l’honnêteté de l’appliquer aussi aux aficionados : Plutôt que de gaspiller des sommes folles à torturer un animal, les aficionados et les toreros feraient mieux de se préoccuper de ceux qui meurent de faim. 

Je pourrais écrire un article sur la faim dans le monde, mais il irait rejoindre la cohorte d’articles déjà écrit sur ce sujet consensuel. Viser un sujet polémique (la cause animale) aux implications minimisées me parait être la chose la plus efficace que je puisse faire maintenant donc c’est ce que je fais. Si Dieu ou une vache sacrée me donnait soudainement le choix entre sauver les femmes brulées vives en Afghanistan et sauver les taureaux des corridas, je choisirai sans hésiter très longtemps la première option (je retournerai ensuite finir cet article).

 

4/ Respecter les animaux c’est abaisser les humains

 Pourquoi les deux seraient-ils interconnectés comme des vases communicants? A-t-on une dose limite de respect à partager ? Beaucoup de philosophes (Plutarque, Montaigne, Yourcenar, Tolstoï …) avancent la thèse inverse, le mépris et la maltraitance animale participe à la normalisation du mépris et de la violence tout court … à défaut de certitudes, cette dernière thèse vaut bien la première.

Il n’est d’ailleurs pas question de mettre humains et animaux sur un pied d’égalité, même si de nombreuses personnes le pensent, ce n’est pas le débat. Il n’est donc pas demander que le taureau soit traité comme un homme, mais que les hommes arrêtent de traiter le taureau comme un jouet.

 

5/ La corrida c’est légal

 

Comme la pollution, les privilèges des anciens ministres, les discothèques en plein air, la peine de mort aux US, la lapidation en Iran, le quasi esclavagisme en Chine, la déforestation par napalm et comme le furent en leur temps les sacrifices humains et autres joyeusetés. Dans un débat éthique, celui qui se refugie derrière la loi a souvent mauvaise conscience.

Par ailleurs, la même loi considère que si la corrida est pratiquée dans les régions non autorisée, alors il s’agit de « sévices graves ou actes de cruauté envers les animaux ».

 

6/ Ceux qui condamnent la corrida n’y connaissent rien

D’abord non, beaucoup d’abolitionnistes finissent par s’y connaitre bien plus que l’aficionado moyen et puis il n’y a pas besoin de connaitre dans le détail une pratique pour la condamner dans sa globalité.

Pas besoin de connaître le fonctionnement d’une centrale nucléaire dans le détail pour s’y opposer sur la base d’arguments simples : en multipliant la probabilité du risque par sa gravité et en réfutant la doctrine consumériste qui ne veut pas envisager la moindre baisse de consommation énergétique par exemple.

 

7/ Les aficionados aiment les taureaux et sont des gens comme tout le monde

Le fait d’aimer ou d’être respectable ne donne pas le droit de torturer et surtout, les aficionados ne sont pas le problème. Peu importe qu’ils aiment ou haïssent le taureau, qu’ils soient des psychopathes, des saints ou M. Toutlemonde. Ce qui est en cause, c’est la torture publique d’un animal, pas l’ «amour», l’émerveillement, l’idiotie ou l’indifférence à la souffrance des spectateurs.

On peut d’ailleurs trouver beaucoup de pratiques ou les bourreaux déclarent leur amour à leurs victimes, il y’a sûrement des dynamiques psychologiques intéressantes, mais ce n’est pas le problème.  


8/ La corrida est un Art et une tradition

Pourquoi pas, mais cela n’est en rien une caution morale. Les jeux du cirque Romains et les sacrifices Aztèques étaient également des traditions. On peut tout à fait être sensible aujourd’hui encore à l’esthétique et aux codes de ces traditions sans pour autant les cautionner moralement.

Très souvent d’ailleurs, les pires atrocités sont commises dans les plus beaux habits (uniformes des armées Soviétique ou Nazie, costumes des cérémonies sacrificielles ou des banquiers de Goldman Sachs).

Par conséquent, dans un débat éthique, l’argument de la tradition (“on l’a toujours fait donc c’est bien”) ou de l’Art (“c’est beau donc c’est bien”) est complètement inapproprié, il peut permettre de comprendre une situation mais en aucun cas la justifier.


9/ Si l’on n’aime pas ce spectacle il n’y a qu’à ne pas y aller

J'espère ne pas être le seul à rester dubitatif devant ce genre d’”argument”. Le problème n’est pas d’aimer ou de ne pas aimer un spectacle, le problème ce sont ces conséquences (torturer un animal).

Si les premiers anti-esclavagistes s’étaient contentés de respecter l’ « opinion » des esclavagistes en n’ayant pas d’esclaves et en n’achetant que des objets certifiés sans servitude, il aurait fallu un siècle de plus pour abolir cette pratique.

Ce nouvel argument est nul lui aussi, le problème n’est pas d’être spectateur de l’action, le problème c’est l’action.

 

10/ Les abolitionnistes veulent imposer leur point de vue hygiéniste et moraliste

Certes, mais si c’est le bon ? Heureusement que les anti-esclavagistes réussirent en leur temps à « imposer » leur « point de vue moraliste».

C’est un argument classique qui consiste à coller une étiquette sur son adversaire …. Ce n’est pas forcément malhonnête, mais il ne se suffit pas à lui seul, il faut prouver que l’étiquette est méritée.

 

11/ Vouloir abolir les corridas, c’est de l’anthropomorphisme

Pourquoi pas. Ceci dit l’anthropomorphisme  est bien moins souvent à coté de la plaque que l’anthropocentrisme.

Cette accusation est une version sophistiquée de l’argument niant aux taureaux la souffrance en collant aux abolitionnistes une étiquette grandiloquente mais qui ne change rien à la situation.

Accusation d’intellectuels urbains d’ailleurs, qui oublient souvent que les aficionados, pour défendre leur spectacle, sont les premiers à prêter au taureau des valeurs de courage, de bravoure et de comportement humain.

 

12/ Il faut du courage pour affronter un taureau

C’est vrai, on peut reconnaitre du courage au torero qui, contre rétribution sonnante et trébuchante, prend un peu de risque - son espérance de vie doit être la même que celle d’un motard du dimanche et moindre que celle d’un pompier. Quand bien même, il faut beaucoup plus de courage pour se lancer seul dans le trafic d’héroïne, se battre contre les concurrents et les polices etc … est ce pour autant que vendre de l’héroïne est un acte glorieux ?

Le fait qu’un acte soit courageux n’est pas une mesure éthique de cet acte.

D’ailleurs le véritable courage et l’honneur se mesure dans les situations à risques, anormales ou  imprévisibles. Durant une corrida, si le taureau à le malheur de prendre le dessus ou d’oser s’échapper, une armée de tortionnaires se charge immédiatement de lui rappeler son destin de sacrifié en remettant le torero en selle ou en appelant les flics en pleurant pour qu’ils viennent achever le fuyard à coup de pistolet…on a vu plus chevaleresque.

La corrida n’est pas un combat, c’est une mise à mort.


13/ Picasso et Hemingway aimaient bien la corrida

Sans vouloir les dénigrer, ces derniers sont beaucoup plus connus pour être des pointures dans leur domaine respectif (la peinture et la littérature) que pour la profondeur de leurs réflexions. Hemingway, s’extasiait devant le spectacle d’un cheval paniqué galopant dans ses entrailles pendantes… Quant à Picasso, élevé dans le bain des corridas, il ne sera pas le premier artiste insensible à la cause animale. Cette insensibilité n’enlève par ailleurs rien à leurs engagements pour d’autres causes.

Soyons sérieux, à part de rares personnalités et quelques « philosophes » franco-français à l’argumentaire BéacHéLien [2], on ne trouvera pas grand monde pour défendre cette pratique.

 

La liste des philosophes et artistes ayant pris position en faveur d’un traitement éthique des animaux en général (Léonard De  Vinci, Einstein, Tolstoï, Lamartine, Plutarque, Gandhi …) et contre la corrida en Particulier (Hugo, Zola, Yourcenar, Théodore Monod, Mark Twain, George Clemenceau...) est plus longue et plus impressionnante que les quelques personnalités qui la soutiendront.

S’il suffisait donc de faire un concours de notoriété entre les personnalités « pour » et « contre » la corrida n’aurait jamais existée.

Et s’il suffisait de faire une enquête de popularité, la corrida disparaitrait également (aussi bien en France qu’en Espagne).

 

14/ Le taureau de combat à une meilleure vie et une mort digne comparé à un animal d’élevage et les antis n’ont qu’à être végétariens

A moins peut être de tomber entre les mains d’une armée de vampires psychopathes nazis peu de choses sauraient être pire que la vie d’un animal d’élevage industriel. Mais encore une fois, pourquoi lier les deux problèmes ? Les humains ne sauraient ils pas réserver d’autres destins aux animaux à leur merci que la souffrance et la mort ?

On objecte qu’étant donné que les végétariens vivent aussi longtemps et en bonne santé que les autres, il faudrait que les abolitionnistes le soit  pour être pour être en cohérence avec eux même. C’est ignorer qu’il existe bien des façons de continuer à manger des animaux sans soutenir l’élevage industriel, et c’est souvent le cas des abolitionnistes quand ils ne sont pas végétariens.

Même chose pour l’essence par exemple, on peut critiquer l’utilisation du pétrole et militer pour les énergies alternatives, sans pour autant se déplacer à pied ou à vélo. On peut continuer à utiliser sa voiture raisonnablement (à défaut de mieux).

L’assertion « si vous mangez des animaux d’élevage intensifs (qui ont une vie et une mort horrible), alors vous ne pouvez pas vous opposer à la corrida (ou le taureau a une bonne vie et qu’une mort horrible) » n’est de toute façon pas logique. Si vous bénéficiez des conséquences d’une action mauvaise vous n’êtes pas tenu de soutenir une autre mauvaise action qui n’a rien à voir…. Heureusement, sinon nous finirions tous satanistes.

Nous sommes tous coincés quelque par entre nos habitudes (alimentaire, vestimentaire, transports etc …) et le système productiviste qui nie la plupart des principes de bon sens (respect de la vie, vision durable, opposition au travail des enfants etc …). Commencer par prendre conscience de ce système, plutôt que de crier fièrement « Olé », c’est commencer à le changer. C’est un autre vaste et passionnant débat mais pas besoin d’être un saint donc, pour dénoncer la corrida.   

15/ S’opposer à la corrida c’est de la sensiblerie

Beaucoup de victoires humanistes ont été obtenues grâce à la sensibilité (refus de l’esclavagisme, loi contre la maltraitance des animaux etc …). La sensibilité est à la base de l’empathie, elle-même à la base de l’éthique. Ce n’est probablement pas une mauvaise chose en soi.

La sensiblerie alors ? Ce serait un excès de sensibilité qui obscurcirait le jugement. Et bien encore une fois il ne suffit pas de coller une étiquette, il faut développer. Tout le monde (à part quelques personnes qu’il vaut mieux ne pas avoir comme amies) tombe d’accord sur le fait que ce n’est pas bien de disséquer vivant un chien ou un chat pour la beauté du spectacle. Pourquoi donc réserver l’accusation de sensiblerie aux abolitionnistes ?

Et au passage on pourra aussi se demander en quoi l’« afición» n’en obscurcirait pas moins le jugement que la « sensiblerie ».

16/ L’interdiction de la corrida participe à la destruction de l’identité des peuples

On peut effectivement constater une mondialisation des cultures et s’en inquiéter à juste titre.

Mais la réflexion s’arrête en cours de route, les deux causes (défense animale et défense de l’identité des peuples) s’opposent autant qu’elles s’attirent. Qu’il y ait un mouvement d’uniformisation culturelle ne signifie pas qu’il faille systématiquement prendre la défense des cultures et des traditions. Par conséquent nous en revenons à l’argument de la tradition …. Qui n’en est pas un.

17/ Les taureaux survivent grâce à la corrida et leur élevage nécessite de grands espaces protégés

Les toros bravo sont en effet une race artificielle, comme les pit-bulls, maintenue en vie pour le bon plaisir des aficionados. Leur couteuse passion n’a pas que des aspects négatifs : pour élever les taureaux il faut de grands espaces quasi sauvages. Toutefois, il s’agit d’une « externalité positive » qui n’est pas voulue pour elle-même (grands espaces sauvages préservés) mais pour sa raison d’être (permettre de torturer un animal en public). Si l’on peut accepter cet argument d’un point de vue pragmatique il reste douteux du point de vue éthique.

Peu de gens se plaindraient (à part les aficionados et quelques promoteurs immobiliers), que les vastes espaces des élevages soient transformés en réserve biologique.

Concernant la survie « du » taureau, encore une fois ce qui est en cause c’est la torture publique, pas la survie d’une espèce artificielle. « Les » taureaux, comme les souris blanches ou les saumons Monsanto peuvent bien disparaitre, ce n’est pas un problème éthique (pas de  discrimination en fonction de la race ou l’espèce), ni même écologique puisque souvent le maintien des espèces artificielles se fait au détriment des espèces sauvages.

Si l’on est opposé à ce point de vue, alors il faut encourager la création de plus d’espèces artificielles, et si possible des espèces qui creusent des trous le matin pour les reboucher le soir … les Shadocks adoreraient.

De toute façon, ne doutons pas que si la corrida venait à être interdite, les aficionados n’hésiteraient pas à soutenir de petits élevages pour préserver l’espèce, par amour du taureau, n’est ce pas ?


18/ La corrida ne représente rien par rapport à l’élevage concentrationnaire ou l’expérimentation animale

C’est vrai, je crois qu’il y a autour de 4.000 taureaux sacrifiés par ans, si l’on compare aux milliards d’animaux abandonnés à leur souffrance dans des camps ou aux millions d’autres torturés en passant des tests aux résultats connus d’avance pour pouvoir remettre sur le marché des cosmétiques inutiles, ça donne le vertige.

C’est un argument valable d’un point de vue utilitariste, la lutte contre la corrida s’inscrit plus dans une démarche symbolique : la remise en cause de la domination totalitaire de l’homme sur les autres espèces, en l’occurrence la souffrance et la vie d’un animal conscient offert pour une  distraction de quelques humains.

La véritable force est d’être juste et compatissant avec le plus faible, pas de l’utiliser pour son bon plaisir, c’est la base de l’éthique.  

On peut tout à fait défendre le point de vue consistant à dire que les humains on tous les droits sur les autres espèces, mais cautionner la loi du plus fort quand on est le plus fort est assez facile et au final hasardeux (on finit toujours par rencontrer plus fort que soit, et bizarrement on change instantanément de point de  vue).

19/ Abolir la corrida c’est nier la nature humaine / la corrida c’est la civilisation / la symbolique du combat de l’homme contre la nature

Le béton et le désert remplacent les derniers hectares habitables de la planète, les humains s’entassent dans des villes termitières complètement coupés du reste de la nature, partageant une culture de plus en plus uniforme, abrutis de téléréalité, cachant la violence intrinsèque de leur mode de vie derrière la publicité et les grands discours…. De nombreuses personnes en viennent à penser que les poissons sont une espèce surgelée et panée, que les saucisses poussent sur les arbres, que tous les animaux parlent entre eux et sont gentils comme Bambi Disney.

Parmi eux toutefois, une dernière poche de fiers résistants sait encore ce qu’est un animal, ils savent encore que la nature magnifique et sauvage ne fait pas de sentiments. Afin de préserver ce savoir issu de l’aube de l’humanité, pour lutter contre l’urbanisation des esprits et célébrer la vraie civilisation, ils décident courageusement et en dignes héritiers de rites immémoriaux… de digérer leur repas dominical bien protégés derrière des barrières de sécurité en regardant un animal se faire torturer.

On peut être d’accord sur le constat, mais il y a toujours quelque chose qui cloche sur la conclusion. La corrida est avant tout un spectacle destiné aux urbains en mal de distraction, pas aux rares humains qui sont encore directement en contact avec la nature. Elle est (comme les jeux du cirque) bien plus un ancêtre de la téléréalité qu’une symbolique de la vie et autres grandioses désignations. 

La symbolique du combat de l’homme contre la nature n’a donc plus de raison d’être, j’espère que nous conviendrons que nous avons dépassé ce stade. Les terra incognita et autres forêts primaires peuplées d’animaux hostiles ne représentent plus qu’une partie infime de la planète. Agir pour préserver ce qui reste est infiniment plus noble que de s’acharner sur un animal artificiel sensé représenter une nature sauvage en train de disparaitre.

***

Si l'on peut éventuellement trouver quelques excuses aux aztèques ou aux romains qui vivaient il y a quelques siècles dans un environnement violent et difficile, le maintien de la corrida, reliquat des jeux du cirque, dans nos sociétés modernes semble bel et bien être un anachronisme morbide.

Peu étonnant au final que la France, sous le règne de l'UMP et sa brochette de ministres illettrés s'empresse de s'accaparer cette "tradition" qui si elle n’est ni de son territoire, ni de son époque est en ligne droite avec sa vision dominatrice du monde où la seule "liberté" intouchable devient celle de consommer, quelles qu'en soient les conséquences.

Si je n’ai pas balayé l’ensemble du spectre argumentatif pro-taurin, je pense avoir réfuté le cœur de l’argumentaire habituel des avocats de cette pratique. Ces « arguments » sont en fait des sophismes bien connus (on peut  s’amuser à les retrouver sur Wikipedia par exemple [3]).

Ceci dit, si les arguments pro-corrida sont tous mauvais, cela ne signifierait pas forcément que la position abolitionniste soit bonne. Considérer les aficionados et les abolitionnistes comme d’inutiles guignols peut aussi être une position défendable. Pourquoi alors s’opposer à cette pratique ?

Il existe beaucoup de raisons de s’y opposer, les plus simples étant les meilleures, mais ce n’est pas le but de cet article de les énumérer.

Personnellement je m’oppose à cette pratique tout d’abord pour le principe de défense des plus faibles, humains ou animaux, opprimés pour des motifs futiles. Le calvaire d’un taureau vaut bien plus que quelques minutes de distraction d’humains désœuvrés.

Je m’y oppose également parce qu’elle symbolise le totalitarisme humain, la domination absolue, aveugle et sans partage de notre espèce au total détriment de toutes les autres. Nous avons conquis et maitrisés notre environnement immédiat, conduisons nous de manière plus respectueuses envers ceux qui étaient hier nos concurrents ou ennemis mais que nous appelions néanmoins nos frères. Il en va désormais de notre propre survie mais également je pense de notre humanité.


Actias

[1] Grand récapitulatif de ces questions dans cet article : http://www.cahiers-antispecistes.org/spip.php?article156 et si vous préférez un exemple concret je vous conseille le site de Koko le gorille qui parle le langage des signes http://www.koko.org/index.php (exprime des émotions, évoque des souvenirs d’enfance, tente de faire accuser ses camarades de ses propres forfaits  etc …).

[2] l’honnêteté me pousse à mettre un lien vers un des meilleurs textes pro-corrida. http://www.jies-arles.com/article-francis-wolff-philosophie-et-corrida-42333003.html

Malgré ses charmes, les ficelles sont grosses à commencer par le green-washing. L’écologie ou la protection des animaux n’a jamais été une préoccupation des taurins, ça l’est opportunément devenue dans le discours ces dernières années. L’auteur donne ensuite SA vision de la relation hommes-animaux qui va dans le sens de sa passion (critiquant l’anthropomorphisme des animalistes tout en l’utilisant lui-même en conclusion).

[3] http://fr.wikipedia.org/wiki/Sophisme



Antarctique: les "pirates" attaquent des "scientifiques"

La Sea Shepherd Conservation Society est probablement l'ONG animaliste la plus connue. Dirigée par le charismatique Paul Watson, cofondateur de Greenpeace, elle s'illustre chaque année en allant affronter directement la flotte baleinière japonaise dans les eaux reculées de l'antarctique. Cette année, pendant 3 mois, les mers du pôle sud vont redevenir le théâtre de batailles navales des temps modernes où s'affronteront navires harponneurs, hors bords, hélicoptère et un engin aux allures de vaisseau spatial.  

Malgré le moratoire international de 1986, la chasse à la baleine n'a jamais vraiment cessé. Les japonais continuent à chasser les baleines sous des prétextes aussi convaincants que ceux de Colin Powel pour envahir l'Irak. Ainsi, chaque année depuis 20 ans, ce sont de 800 à 1000 baleines qui sont harponnées sous couvert de "recherches scientifiques" dont l'humanité attend impatiemment la première publication des résultats.

Ce zèle pour le bien de l'humanité pousse régulièrement la flotte baleinière à faire quelques intrusions dans des zones considérées comme des sanctuaires écologiques. Il se trouve que dans ces eaux internationales il y a des lois, mais personne pour les faire respecter. Les baleiniers japonais ont donc très longtemps profité de cette absence policière pour assouvir leur soif de savoir. Bien sur, il y a les bateaux de Greenpeace qui parfois viennent les déranger en faisant du bruit et en prenant des photos mais rien de vraiment dissuasif. Cette situation a changé au cours des six dernières années, un troisième laron c'est invité à la fête: la Sea Shepherd Conservation Society, et eux ne se contentent pas de protester, ils agissent concrètement.   
 
Les baleines sont les plus gros habitants de notre planète, on ne sait que peu de choses sur ces animaux si ce n'est que comme tous mammifères évolués, ce sont des êtres sensibles, intelligents et sociaux. Le cerveau d'un cachalot est d'ailleurs 7 fois plus volumineux que celui d'un être humain et inclue un quatrième lobe, il serait donc prétentieux de notre part de considérer ces animaux comme stupides. Ces mystérieux géants sillonnent les mers et les océans sur des milliers de kilomètres depuis plus de 50 millions d'années.
 
Les chasseurs de baleines représentent la plus puissante armada de l'antarctique, il disposent d'un navire amiral, le Nishin Marhu, et de plusieurs navires harponneurs arborant d'impressionnants canons à harpons à leur proue. L'argument parfois avancé de la culture et de la tradition pour justifier le massacre perd un peu en pertinence à la vue de ces modernes navires de guerre. Même avec beaucoup d'imagination il est difficile de faire un rapprochement convainquant entre ces derniers et les chétifs kayaks qui furent utilisés durant la majeure partie de l'histoire de la chasse à la baleine.
Il est en fait question d'une activité industrielle récente et lucrative qui a bien failli causer la disparition de certaines espèces avant que le moratoire international ne vienne y mettre un terme relatif.
 
Du coté des opposants, on retrouve Greenpeace qui envoie régulièrement l'Artic Sunrise et l'Esperanza protester. Ils prennent de nombreuses photos et rédigent des rapports sur les pratiques de baleiniers mais n'engagent jamais d'actions directes.
La Sea Shepherd Conservation Society embarque une cinquantaine de volontaires à bord du Steve Irwin ainsi que des hors bords et un hélicoptère. Leurs techniques consistent à envoyer des hors bords s'interposer physiquement et à jeter des boules puantes, fumigènes et autres joyeuseries sur le pont des baleiniers. Ils reçoivent en retour des jets d'eau haute pression mais aussi des flash bangs et Paul Watson aurait été la cible d'armes à feux. La proue du Steve Irwin est également renforcée pour l'éperonnage, ce qui arrive régulièrement.
Historiquement le Steve Irwin était a même de harceler le Nishin Marhu, mais ne pouvait pas rivaliser de vitesse avec les vaisseaux harponneurs. Cette année, cela pourrait bien changer.

La surprise du capitaine, c'est le Ady Gil (anciennement Earthrace, navire prototype utilisé pour promouvoir les agrocarburant), un futuriste trimaran inboard propulsé par deux moteurs de 540cc. Selon Paul Watson c'est "le genre de bateau que conduirait Batman".
Cette affirmation est à peine exagérée: à la base, ce bateau de 24 mètres détient le record de rapidité du tour du monde (60 jours), est capable d'atteindre les 100 km/h, de plonger sous des vagues de 7m et son autonomie peut atteindre plus de 23.000 km. Pour sa nouvelle carrière, les pirates végétaliens ont procédé à quelques modifications. Cet engin aux allures de vaisseau spatiale est désormais renforcé d'une armure de kevlar pour résister aux glaces et tirs de petits calibres (et supposément aux harpons) et a été recouvert d'une peinture déflectant les ondes radars.

Fidèle aux techniques des Sea Shepherds, ce bateau hors normes se retrouvera à de nombreuses reprises devant les canons à harpons japonais pour couvrir la fuite d'une baleine.


Ces actions, qui n'ont jamais été condamnées (les baleiniers, eux même dans l'illégalité, évitent prudemment les tribunaux) sont véritablement efficaces. C'est en grande partie grâce aux Sea Shepherds que les baleiniers n'ont pas atteint leur quota en 2008. Sur les 935 mammifères marins prévus, seul 679 ont pu être harponnés. Les conséquences économiques commencent d'ailleurs à se faire sentir au point qu'un arrêt de la chasse "scientifique" à la baleine pourrait être envisagé.
Gageons que le bien de l'humanité n'y perdrait pas grand chose.

Actias
Notes:
Cette année encore, les aventures des Sea Shepherds feront l'objet d'une des séries télévisées les plus controversées intitulée "Whale War" et diffusée sur Animal Planet. http://www.youtube.com/watch?v=UbROlabBfUU

Album photo de la dernière campagne : http://www.seashepherd.org/operation-musashi/photos.html

La viande : 51% des émissions de gaz à effet de serre ?

Il est désormais largement reconnu que la production de viande représente un coût écologique au moins aussi désastreux que celui de l'industrie des transports. Une étude publiée par la FAO en 2006 officialisait ce fait en évaluant à 18% la part de la production de viande dans la totalité des émissions de Gaz à Effet de Serre. Une récente publication du Worldwatch Institute [1] révise ce chiffre, le portant désormais à ... 51%.


Le rapport de l'ONU

En 2006, le rapport de l'ONU publié par la FAO "Livestock Long Shadow
" [2] avait fait couler beaucoup d'encre. Il officialisait et révélait au monde les conséquences catastrophiques de la production "moderne" de viande sur l'environnement. L'analyse portait sur les émissions de gaz à effet de serre mais également de l'impact sur la biodiversité ainsi que la dégradation des sols, de l'air et de l'eau.
La production de viande se hissait soudainement parmi les 2 ou 3 premiers facteurs les plus destructeurs de l'environnement. A titre de comparaison, les estimations des émissions de gaz à effet de serre induites par l'élevage dépassaient celles de tous les transports réunis (voitures individuelles, camions, cargos, avions etc ...).
Constatant qu'avec l'essor des pays émergeant la demande en viande allait doubler d'ici quelques années, les recommandations des rapporteurs incitaient, entre autres, à modifier les animaux et les végétaux génétiquement et à circoncire les derniers espaces naturels qui resteraient après la ruée vers la viande (en supposant qu'il en reste).

Les raisons, par l'exemple des petits lardons

Un premier rapport d'une Worldwatch Institute, dont il existe une traduction française, avait d'ailleurs sonné l'alerte en détaillant les raisons qui ne sont pas forcément évidentes au premier coup d'oeil.
Pour l'illustrer, nous pourrions prendre l'exemple de banals et innocents "petits lardons". Pour pouvoir proposer cet ingrédient à bas prix, il faut tout d'abord nourrir des cochons, pour cela on importe des tourteaux de soja. Cette espèce unique de soja OGM est produite en Amazonie en lieu et place d'une forêt primaire multi millénaire dont la biodiversité est détruite à tout jamais [3]. Cette culture nécessitera des engins agricoles, toutes sortes de pesticides et des millions de litres d'eau. Passons le transport en cargo dudit soja vers les élevages occidentaux où les cochons les attendent, parqués par milliers dans des conditions tout simplement abominables.
Même si la logique économique les réduits à des unités artificielles de production de petits lardons, il s'agit encore d'êtres vivants qui transformeront une grande partie de l'énergie qu'ils ingurgitent pour maintenir leur température interne, créer des os, créer du stress et autres besoins physiologiques non comestibles pour l'homme. Leur triste "vie" supportée à grand renfort d'antibiotiques dans un univers de béton sera un fertile terrain de mutation à virus et générera des tonnes d'excréments qui finiront en algues vertes et autres émissions de gaz à effet de serre.
Après avoir été mis à mort et découpés par des robots de plusieurs tonnes ils finiront enfin sous forme de bons "petits lardons" qui devront être transportés sur de longues distance en respectant une chaine du froid grande consommatrice d'énergie (la viande se conservant beaucoup moins bien que les végétaux) pour devenir enfin disponible au rayon frais de votre supermarché... et avec un peu de chance, il y aura même une promotion ...    
Contrairement à ce que pourrait laisser croire une analyse de premier degré, l'élevage tel qu'il est pratiqué pour pouvoir fournir en viande les concentrations urbaines ne créer pas de nourriture et ne favorise pas la préservation des espèces. Le rendement thermodynamique de la production de viande est déplorable et au final, cette industrie détruit 7 fois plus de nourriture qu'elle n'en produit.  En maintenant artificiellement la survie de quelques espèces domestiques, elle en extermine des milliers de sauvages, pour toujours.
C'est une vérité encore difficile à admettre pour beaucoup d'occidentaux, mais une banale barquette de "petits lardons", de "saussiflard" ou autres "charcutailles" présentés comme des merveilles culinaires par un marketing de masse sont en fait des concentrations de ce que l'humanité sait faire de pire à son envirronement. 

La révision des chiffres


Signalons au passage la parution cette année du livre de Fabrice Nicolino étudiant à fond le problème et révélant les stratégies mises en place par les industriels de la viande pour cacher des vérités affolantes. Ce livre reprenait les chiffres du rapport de l'ONU concernant les émissions de gaz à effet de serre du secteur, soit 18%.
Il s'avère que la réalité pourrait être bien pire que prévu, la publication par le Worldwatch Institute du rapport de Robert Goodland et Jeff Anhang, anciens experts environnementaux de la banque mondiale (institution de lutte contre la pauvreté de l'ONU): "Livestock and Climate Change" élèverait cette estimation à 51%, soit plus de la moitié de la totalité des émissions anthropogéniques de CO2. 
Cette révision se base entre autres sur l'inclusion dans l'équation de paramètres ignorés ou sous évalués par le rapport de 2006, notamment:
  • La respiration des troupeaux, qui n'est pas considérée comme une source nette de CO2 selon le rapport de Kyoto (dans cette optique, un animal peut même être considéré comme un puits de carbone). Simplement, cela met de côté le fait que cette sur-reproduction artificielle d'animaux domestiques remplace dans la plupart des cas une forêt primaire et que les molécules de CO2 issues de leur respiration sont aussi naturelles que celles rejetées par un pot d'échappement.
  • La sous estimation de l'impact des cultures fourragères et du rejet de méthane.
  • L'exclusion des aquacultures.
  • Le cout d'opportunité comparé aux produits sans viande, par exemple: la chaine du froid à respecter, le temps et la température de cuisson (beaucoup plus élevés pour la viande), l'incinération des déchets, les emballages plus spécialisés (pour des raisons sanitaires) etc...
Au total on atteint le chiffre incroyable de 51%.

Conclusion

Tout le monde ne doit pas forcément devenir végétarien[4], mais quand on sait que 99,5% de la viande consommée en France est d'origine industrielle et qu'il n'y a plus trop de place pour les élevages "bio", une réduction plus que drastique (1 fois ou 2 par mois) de la consommation de viande et autres sous produits animaux est de très loin le geste le plus efficace pour diminuer notre impact négatif sur la nature. Largement devant la voiture électrique ou l'isolation domestique.
Rappelons qu'il existe une très grande diversité de produits sans viande, équilibrés et
infiniment moins dommageable pour l'environnement qui n'attendent que l'augmentation de notre demande pour être disponibles.
Une chose est sûre, si l'on regrette le changement climatique et que l'on considère qu'il est en grande partie du à l'activité humaine, on est alors en totale contradiction avec nos considérations dès lors que l'on plantent nos fourchettes dans un morceau de ce qui autrefois fut l'Amazonie.



Notes et références:
[1] Le Worldwatch Institute est une ONG de recherche environnementale américaine, considérée comme l'une des plus importante dans sa catégorie. Elle conseille l'ONU et la FAO et publie chaque année un rapport sur l'état du monde.
[2] Livestock's Long Shadow - Environmental Issues and Options. Food and Agriculture Organisation. 2006. ISBN 9251055718.
[3] En moyenne, il faut 659 m² de plantation de soja transgénique par français pour fournir les 92 Kg de viande consommée par an. Bidoche, Fabrice Nicolino
[4] Les régimes végétariens (et végétaliens), contrairement aux mythes, n'ont rien à envier en termes de santé aux régimes carnés (voir entre autres le rapport de l'ADA, la plus grande association diététique mondiale).

Actias

 

Incident de Folembray : La riposte des chasseurs de chasseurs

On se souvient de ce triste équipage qui avait poursuivi un cerf paniqué jusque dans le jardin d’un particulier où il avait été brutalement achevé devant des riverains révoltés. L’incident qui avait choqué la France entière avait été relayé par les principales chaines. Le même équipage, le « Rallye nomade », s’apprêtait ce samedi 15 mars à réitérer ce genre d’exploit, mais ils ont reçu une visite de courtoisie d’une cinquantaine de militants anti-chasse. 

 

Samedi 14 mars 5:30 du matin, rendez vous sur une porte du périphérique parisien. Une cinquantaine de personnes sont présentes, je reconnais l’écrivain Armand Farrachi, l’acteur David Sarfati ainsi que David Chauvet vice-président de l’association « Droit des Animaux», spécialiste en Hunt Sabotage.

 

Le Hunt Sabotage est une pratique née en Angleterre destinée à empêcher les chasses. Des techniques de traque, de dépistage, de camouflage et d’infiltration très élaborées ont étés mise au point et ont fini par payer : la chasse à courre, ne disposant d’aucun soutien populaire, a été abolie en Angleterre. Dans un meilleur esprit et afin de satisfaire tout le monde, des dérivés originaux ont même remplacé les chasses à courre : des sportifs animalistes prennent gentiment le rôle de l’animal et se font poursuivre par des équipages reconvertis dans la chasse à l’homme (sans mise à mort, cela va de soi). En France, El Dorado européen des tueurs d’animaux, il va être plus difficile de faire évoluer les choses.

 

6:00, des copilotes détenteurs des informations sur la route à suivre sont affectés dans chaque voiture afin de garder secret la destination le plus longtemps possible.

Je récupère deux charmantes amies des bêtes qui finiront leur nuit sur la route. Le cap est mis au nord où la troupe a rendez vous en pleine campagne avec un ancien chasseur qui a renseigné les organisateurs. Drôle de personnage qui courre les bois de sa région qu’il connaît par cœur, un vrai chasseur qui a remplacé son fusil par un appareil photo. La tactique est rapidement transmise à tout le monde : les chasseurs vont devoir sortir la meute à bord de camions, la vénerie fait partie d’un vaste domaine disposant de 3 sorties, le groupe se séparera donc en trois pour les bloquer.

 

La journée des chasseurs s’annonçait pourtant bien : la météo était plutôt agréable, des panneaux « chasse en cours » dispersés aux abords de la route et la meute prête à  sauter sur l’occasion de sortir de son misérable chenil. Ces chiens «de race» (c.à.d. à l’évolution artificiellement contrôlée par les hommes), passent la plupart de leur vie parqués dans de petits enclos. La chasse est donc très souvent leur unique occasion de sortie, et pour les chasseurs, c’est l’unique raison d’être de ces pauvres bêtes.

 

8:00 Les chiens ne sont pas encore sortis mais redoublent d’aboiement lorsque les antichasses prennent position pour bloquer les sortis du chenil. La gendarmerie est immédiatement appelée, mais il s’agit d’un rassemblement pacifiste … et une équipe de télévision, bientôt rejointe par des journalistes du Courrier Picard, est sur place. Les sorties du chenil ont été bloquées à temps et les chasseurs, recevant leurs instructions directement de la puissante AFEV (Association Française des Equipages de Vénerie, créée par Pétain en 1941) ne prendront pas le risque de faire sortir la meute. Ils ont déjà suffisamment fait parler d’eux ces derniers temps.

 

Les incidents ne sont pourtant pas rare, si les manifestants s’en tiennent toujours à des méthodes de blocage pacifistes, les chasseurs ont souvent plus de difficultés à se retenir lorsqu’il n’y a pas de caméras. Ils n’hésitent pas à faire charger leurs chevaux, donner des coups de cravaches ou frapper (les filles, de préférence). Enragés de retrouver les vidéos de leurs méfaits sur internet, ces seigneurs, vont se faire voter une loi rien que pour eux. Il y a entre 0 et 10 sabotages de chasse par an (contre 13.000 chasses à courre), mais l’assemblée nationale, aux ordres de leur surpuissant lobby s’apprête à se mobiliser pour leur voter un  « délit d’entrave à la chasse » … ça laisse rêveur sur notre démocratie (où 73% des français se déclarent opposés à la chasse).

 

9 :00 Il ne se passera probablement rien aujourd’hui. Il n’y a plus qu’à attendre … jusqu’à au moins 16h, pour être sûr qu’il n’y aura pas de chasse. Les journalistes intervieweront les militants, les chasseurs tenteront d’arroser ceux qui s’approchent du chenil, de puissants 4*4 entreront et sortiront de la belle propriété, le tout sous le hurlement permanent de la meute parfois entrecoupé d’un claquement de fouet  … mieux vaut ne pas leur faire remarquer, les veneurs dépités et en manque de provocation passent parfois leur rage sur les chiens.

 

Et je me rends compte que ces écuries, ces bâtiments, ces 4*4, ces camionnettes toute cette armada ne sert qu’un but, poursuivre un pauvre animal apeuré. Je me souviens avoir lu que des veneurs avaient osé arguer devant un auditoire politique conquis d’avance, que la chasse à courre se situait dans le « droit fil de la loi naturelle qui résulte de l’évolution des espèces depuis des millénaires » … il faudra m’expliquer ce qu’a de naturelle toute cette débauche de moyens. Ces millionnaires qui adorent insinuer que les animalistes « préfèrent les animaux aux hommes » seraient des héros s’ils dépensaient autant d’énergie pour aider leur propre espèce que celle qu’ils gaspillent pour persécuter les autres.   

 

10:00 Des promeneurs s’arrêtent pour demander les raisons de cette agitation et apportent immédiatement leur soutien, ils sont adhérents du ROC (association pour la biodiversité et le « droit des non chasseurs » présidée par Hubert Reeves), le monde est petit.

 

Les journalistes voudront les interroger mais ils refuseront de témoigner par peur des représailles … et ils en ont connu (une histoire d’une violence extrême, je n’en crois pas mes oreilles). Face à ces menaces de violences physiques, cette puissance économique et ce lobby politique omniprésent, on comprend pourquoi la plupart des manifestants se couvrent le visage, d’autant plus qu’un certain nombre d’entre eux sont de la région.

 

15:30 Durant la journée, d’autres riverains seront venu apporter leur soutien et même du café chaud. Il n’y aura pas de chasse aujourd’hui. La troupe lève le camp et part distribuer des tracts dans le village. Ca se confirme, les chasseurs sont loin d’être appréciés, même sur leur terre.

 

On peut concevoir que la chasse à courre porte en elle des valeurs nostalgiques et des traditions au passé glorieux. Il pourrait s’en dégager une esthétique indéniable si elle n’était pas terriblement anachronique. On peut imaginer quelques descendants de familles nobles, élevés dans une tradition d’honneur et de sacrifice, bercés par les récits des exploits guerriers de leurs héroiques ailleux où le rapport de l’homme à la nature était un combat permanent pour la survie.

Ils ne se sont pas rendus compte que les sombres forêts primaires, peuplées de puissants sangliers et de loups menaçants ont quasiment disparues et leurs futurs héritiers sont au mieux financiers à Londres, au pire d’inutiles jet setteurs dégénérés. Ils se raccrochent alors au peu qu’ils leur reste, leurs traditions, et plutôt que de se tourner amicalement vers leurs compagnons d’extinction massive : les animaux sauvages, ils persistent à les persécuter comme si cela leur pouvait faire remonter le temps.

 

Et ils appelent à la rescousse de riches citadins (avocats, commissaires priseurs, financiers, sénateurs etc …) qui ont trouvé dans la chasse à courre une activité capable de satisfaire à la fois leur besoin d’élistisme et leur pulsions de dominations sous couvert de tradition et même, puisque c’est devenu à la mode, de pseudo-écologie. Eux n’ont de cette noblesse à laquelle ils aspirent tant, que les attributs les plus destestables qui furent payés cher à l’époque où la France était encore un pays révolutionnaire.

 

Je fais partie de ces anciens chasseurs qui se sont rendus compte que les temps avaient changé, que de tuer un animal sauvage dans une minuscule forêt noyée dans un océan de champs, de villes, de parking et de zones industrielles n’était plus un acte naturel légitime mais un crime injustifiable.

 

Entraver cette « chasse », cette parodie de combat naturel, n’est peut être pas une action qui changera directement les choses. Cet acte relève d’un symbole beaucoup plus fort, celui de la remise en cause de la folle et absolue domination de l’homme sur les animaux et l’environnement qui atteint son paroxysme dans la perpétuation de ce genre de rituel macabre.

 

 

Revue de presse :

Cette action sera reprise dans l’émission «global résistance » de juin sur France 4.

Article du courrier picard

Article de l’Aisne nouvelle

 

 

 

Journée d’un explorateur urbain : l’industrie abandonnée

En ces temps de crise économique, beaucoup se demandent à quoi va ressembler le monde de demain. C’est un peu pessimiste mais je pense que, sans  forcément en avoir conscience, les explorateurs urbains en ont une idée assez précise. Afin de mieux cerner cette idée, je vous invite à lire ce récit d’une journée d’exploration urbaine.

 

Dimanche après midi, c’est l’hiver, c’est la crise, il fait froid, je ne veux pas sortir de mon ridicule petit cocon chauffé. Ca fait un moment qu’il ne m’est rien arrivé d’intéressant …  alors je repense à l’urbex et je me dis qu’une sortie facile pourrait me remonter le moral.

Je n’achète mes fringues que dans des magasins d’usine, il y en a un que j’affectionne  tout particulièrement, très bien fourni et très vaste. Regroupant une bonne cinquantaine de marques, situé sur une île de la seine, il occupe un petit tiers d’une ancienne usine… repérage sur Google Earth, ça promet. Nous sommes dimanche, les magasins sont fermés, on va voir si le reste du bâtiment est ouvert.

 

Equipement minimum : lampe frontale, bonnet noir, appareil photo/trépied, grand tournevis*, couverture de survie, crochets de serrures … ca fera l’affaire. 15 minutes plus tard je suis en approche de ma cible, a priori, c’est l’abandon total, dans ces conditions le plus simple est de rentrer … par l’entrée, située sous un grand porche destiné à accueillir les camions qui ne viendront plus. Ca ne pose aucun problème, pas de grille à enjamber, de tunnel à ramper ou de serrures à crocheter.  Toutes les  portes sont arrachées et les vitres cassées.

Une fois à l’intérieur mes yeux ont du mal à s’habituer à l’obscurité lorsque j’aperçois ce qui semble être un humain à moitié nu, torturé et pendu. Bien sûr c’est un mannequin, mais pendant une seconde l’effet est saisissant. Cela arrive fréquemment dans ce genre d’endroit de tomber sur des mises en scène macabres destinées  à décourager les visiteurs, ça marcherait presque.

 

Je continue et débouche dans une espèce de gigantesque hangar, c’est véritablement énorme (au moins 200 mètres de long et 50 de large pour une hauteur de 15 mètres), et désert. Le sol est jonché de débris de toutes sortes, de flaques d’eau aux couleurs étranges reflétant des tags ordonnés comme dans une galerie d’art. Des machines finissent de rouiller dans leur coin, des sculptures et œuvres d’art urbaine sont disposées anarchiquement, on distingue un niveau supérieur qui promet d’être au moins aussi gigantesque. Après quelques photos je passe à l’étage supérieur, de nouveau une superficie longue et déserte à traverser avant d’arriver dans ce qui fut un jour des locaux administratifs.

Il ne reste rien, les couloirs sont couvert de débris, les toilettes sont les seules pièces à la fonction identifiable. Des câbles et des débris pendent du parfond, des restes de stores volent dans l’encadrement de fenêtres  brisées.  Ce qui devait être un charmant petit jardin artificiel sous une vaste ouverture du toit  s’est transformé en mare accueillant de gros débris. Le chaos est tel que je n’ai toujours pas la moindre idée de l’activité qui nécessita tant d’espace.  D’où je suis, je surplombe une cour intérieure, les locaux d’en face tout aussi délabrés donnent de nouveaux sur de vastes espaces vides. La bas, au milieu du désert, je trouverai une palette de catalogue de vente par correspondance datée de 2001. Je me baserai dessus pour déduire que l’endroit est un ancien centre de transport/logistique ayant fermé à la fin du siècle dernier.

 

Maintenant, je voudrais m’attaquer au toit. Impossible de trouver d’escalier ou de cage d’ascenseur praticable. Il y a bien quelques ouvertures dans le plafond, essentiellement des dômes en plexi glace  arrachés, mais je préfère ne pas tenter d’escalade immédiatement. A force de chercher je trouve finalement une sorte de salle des machines au rez-de-chaussée. L’installation grimpe sur toute la hauteur du bâtiment et s’enfonce profondément sous le niveau du sol et la moitié est inondée. La rouille, omniprésente, assaille mes narines, mais j’aperçois une échelle métallique qui semble monter au sommet. 5 minutes plus tard je suis sur le toit. Dans le même état que le reste … au milieu des vagues de dômes plexi glacés, il ya le local technique de feu l’ascenseur hérissé de vieilles antennes. L’évacuation de l’eau de pluie défaillante dans certaines zones produisent de petits écosystèmes, une mare, des buissons, et même de petits arbres. Ce sont ces réserves d’eau qui s’écoule au goutte à goutte dans le bâtiment et qui alimentent les vastes flaques à l’intérieur.

La vue n’est pas splendide, il faudrait monter plus haut, mais l’échelle métallique de la cheminée est mangée par la rouille. Une barrière approximative sépare le toit à la jonction avec la partie de mon magasin de fringues, j’y repère des speed dômes, ainsi que d’étranges boitiers qui pourraient être des détecteurs de mouvement. Mieux vaut ne pas s’attarder dans cette zone. De toute façon, je considère ma mission comme accomplie, j’ai honorablement rempli mon dimanche. Je peux repartir vers mon cocon chauffé.

 

Certains explorateurs urbains se qualifient d’archéologues modernes, derniers témoins d’une époque qui n’a pas suivi la technologie, amassant des témoignages d’une époque révolue. J’ai vu ce qui restait, moins de 10 ans aprés son abandon, d’un lieux qui grouilla d’activité humaine. A cette époque, peu de gens auraient pu s’imaginer comment finirait leur lieux de travail... et nous ?
Parfois, en marchant dans ces territoires désolés et abandonnés, l’idée me vient que c’est le futur que j’explore.

 

 Actias

 

*A default de bombes lacrymo, c’est un moyen de défense tout aussi dissuasif qu’une dague mais légal. 

 

 

 

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Le but de l’Urbex est d’atteindre et d’explorer des lieux interdits de la manière la plus discrète possible. Ce n’est pas une activité sans risques.

Si la pratique de l’Urbex  vous intéresse, réfléchissez bien, c’est une activité souvent illégale et dangereuse qui le sera bien plus si vous n’avez pas un minimum d’expérience et de technique.


 

 

Pas de droits de l’homme pour les défenseurs des droits des animaux

Des succès dérangeants

A force de lancer des campagnes d’information, d’investiguer sur le terrain et de contacter les médias, les mouvements autrichiens de défense des animaux ont remporté quelques victoires significatives qui placent l’Autriche sur la courte liste des pays avant-gardistes en la matière.

Ils ont d’abord obtenu l’interdiction de l’élevage des animaux à fourrure, des animaux sauvages dans les cirques, de l’expérimentation sur les singes, des cages en batteries et plus récemment, l’interdiction de l’élevage de lapins en cage. Ils étaient sur tous les fronts pour informer, partout où la tyrannie de l’homme sur le règne animal s’exprimait dans ses formes les plus injustifiées.

Ce crime d’information subversive et ses résultats ne devaient pas rester impunis par les puissances financières concernées. Les pressions policières s’accentuèrent donc à partir de 2004 lorsque fut obtenue l’interdiction des élevages en batteries.

Le prétexte

En parallèle à toutes ces associations qui restent dans le cadre de la légalité, il existe des groupuscules qui considèrent que les changements de mentalité ne vont pas assez vite. Ils s’octroient donc le droit d’intervenir directement contre les « propriétés privés ». Le plus connu de ces groupes est l’ALF (Animal Liberation Front). Ses actions consistent à libérer des animaux, engluer les serrures de fourreurs ou de bouchers, voire incendier des bâtiments... la palette des actions de sabotage est vaste.

Il s’agit d’un mouvement de « leaderless resistance », il n’y a aucun chef ni aucune hiérarchie, n’importe qui peut revendiquer une action au nom de l’ALF à condition d’observer certaines règles dont la première est de ne blesser ni hommes ni animaux. En retour, l’ALF apporte son soutien en cas d’arrestation.

La stratégie de l’ALF est la suivante : l’exploitation animale ne tenant que pour des raisons financières et d’ignorance, il s’agit de faire exploser les coûts de sécurité de cette exploitation par des attaques de sabotage économique (« ecotage  »), car une fois qu’une activité barbare devient non rentable économiquement, tout le monde s’accorde à s’y opposer. Cette stratégie de déstabilisation financière est d’une précision et d’une efficacité telle qu’on a pu lire dans le Financial Times au sujet de l’ALF « Un petit groupe d’activistes est en train de réussir là où Karl Marx, la bande à Baader et les Brigades rouges avaient échoué. » (Article du Monde diplomatique sur l’ALF).

On peut les considérer comme des combattants de la liberté, des illuminés ou comme de dangereux terroristes. C’est en tout cas ce qu’a fait le gouvernement Bush en votant l’« Animal Enterprise Terrorism Act », permettant d’appliquer les lois anti-terrorisme aux défenseurs des animaux les plus acharnés. Le FBI considère qu’il s’agit de la première menace terroriste sur le sol américain. Toutefois, beaucoup d’experts antiterroristes continuent de se gratter la tête face à ces « terroristes » qui n’ont jamais tué personne (l’ALF sur terrorisme.net). Dans la pratique, ça permet de priver de leurs droits civiques sur simple suspicion des gens aux idées dérangeantes.

Les actions de l’ALF se multiplient en Europe (www.directaction.info), mais l’Autriche reste très faiblement touchée par le phénomène. Toutefois cette menace insaisissable constitue un prétexte en or pour s’attaquer aux associations œuvrant pour la promotion des droits des animaux et qui restent dans le cadre de la légalité.

Les représailles

Le 21 mai dernier, alors qu’elles préparaient une campagne demandant une modification de la constitution en faveur des animaux, les principales associations autrichiennes de promotion des droits des animaux ont été victimes d’opérations policières sans précédent : perquisitions brutales des domiciles privés et des bureaux, saisie des ordinateurs, d’autres matériels et de documents, mise en garde à vue de 10 activistes, sur simple suspicion. Ils sont déclarés suspects d’avoir commis un délit pour lequel il n’est pas nécessaire d’apporter de preuve.

Le texte invoqué est qu’il est illégal de former une grande organisation (plus de 10 personnes), possédant une structure hiérarchique et conduite à la façon d’une entreprise, dont le but est d’influer sur la vie politique ou économique, et qui à cette fin commet aussi des crimes et délits, au moins occasionnellement… On peut les enfermer alors qu’aucun fait précis et avéré ne leur est reproché, ils sont soupçonnés de la totalité des rares délits commis par l’ALF en Autriche.

Martin Balluch, double doctorat en physique et en philosophie, ancien collègue de Stephen Hawking à l’université de Cambridge et président de l’association contre l’élevage industriel, déclare dans sa lettre écrite depuis l’hôpital de la prison de Vienne le 9 juin 2008.

« Mercredi, au petit matin, la police a lancé la plus violente attaque jamais connue dans l’histoire autrichienne moderne contre un mouvement pour la justice sociale et contre des ONG. Des centaines de policiers armés et masqués ont défoncé les portes de 21 domiciles privés et de 6 bureaux appartenant à des ONG différentes, et celui d’un dépôt contenant du matériel utilisé dans des manifestations. 25 personnes ont été arrêtées et interrogées par la police. 10 personnes ont été placées en garde vue, dont moi-même.

Afin de « m’attraper », la police a fait irruption non seulement chez moi, mais aussi chez deux de mes frères ainsi que chez mon amie. Des policiers cagoulés de noir se sont précipités à travers la porte brisée et ont couru arme au poing jusqu’à nos lits. Ils ont pointé leurs pistolets sur ma tête et m’ont jeté nu hors de mon lit. Mon frère a été plaqué contre un mur, un pistolet pointé sur le cou. […]

On pourrait imaginer aussi que la police avait reçu des informations selon lesquelles de dangereuses attaques de l’ALF se préparaient, ou lui indiquant des caches de bombes incendiaires et de matériel terroriste. Rien n’est plus faux. Ils n’avaient reçu aucune information de la sorte, et ils n’ont même pas cherché ce genre de matériel. La seule chose qui les intéressait, c’étaient les ordinateurs, les livres et les vidéos, c’est-à-dire des objets qui disent quelque chose de la façon d’être des personnes arrêtées.[…]

Voici comment sont justifiés mon arrestation et mon placement en détention préventive. Il existe une délinquance associée à la cause animale, même si elle est relativement faible. Il doit donc y avoir une grosse organisation dotée d’une structure hiérarchique, conduite à la manière d’une entreprise, qui est responsable de cette activité. Puisque je milite depuis des années pour les animaux, puisque je suis influent, et puisque j’ai des contacts internationaux, je dois être le chef de cette organisation. »

Les moyens de défense s’organisent comme ils peuvent : outre une préoccupante grève de la faim de certains des accusés, il y a une pétition, des mails à envoyer aux représentants de la justice autrichienne et de nombreuses réactions d’ONG (voir le communiqué d’Amnesty International).

Bien évidemment, aucun média français ne se sera intéressé au problème. La plupart des associations européennes de promotion des droits des animaux relaient cette triste affaire, en attendant, de nombreux projets sont en suspens et l’inquiétude monte chez des gens qui n’ont rien d’autres à se reprocher que d’œuvrer pour un monde moins violent.

On peut penser ce qu’on veut des revendications pour les droits des animaux, mais ce qui s’est passé en Autriche prouve que leurs opposants les plus acharnés leur accordent à peu près autant de sérieux qu’aux droits de l’homme.

Les droits des animaux

La cause animale est souvent considérée comme un sujet secondaire ou de sensiblerie mal placée, mais alors, pourquoi la majorité des plus grandes personnalités de l’Histoire ont pris des positions claires en faveur de la défense animale ? Et surtout, pourquoi la société engage-t-elle de tels moyens pour lutter contre la remise en cause de la domination absolue de l’espèce humaine sur les autres espèces animales et sur son environnement ?

Le fait est que lorsque ces idées s’imposeront à tous comme les évidences qu’elles sont, c’est toutes les mentalités, les comportements individuels et par ricochet tout le modèle économique tel que nous le connaissons qui seront remis en cause. Ces idées sont inacceptables pour les plus puissants bénéficiaires de l’exploitation animale qui à grands coups de milliards font tout pour maintenir le public dans l’ignorance et ridiculiser ceux qui se lèvent contre cette injustice.

Toutefois, l’Histoire nous apprend que face aux idées nouvelles qui remettent en cause des systèmes de dominations injustes, c’est toujours le ridicule qui est utilisé en premier lieu pour les combattre, et lorsque le ridicule n’est plus suffisant, les dominants passent à l’affrontement violent… avant que ce qui était hier considéré comme un sujet ridicule soit considéré comme une évidence allant de soi. Espérons que c’est ce qui est en train de se passer en Autriche.

Aujourd’hui, plus personne ne remet en cause l’abolition de l’esclavage, du racisme d’Etat, de l’égalité homme/femme ou de l’importance de l’écologie… pourtant ces sujets firent beaucoup rire à leur début.


Avant que ne s’abatte un déluge de jugements hâtifs venant de lecteurs des plus respectables, je conclurai sur cette citation de Zola :

« Et je l’ai dit un jour, votre besogne est sainte, vous qui vous êtes donné la mission de les protéger (les animaux, ndla), par haine de la souffrance. […]

Que tous les peuples commencent donc par s’unir pour qu’il ne soit plus permis de martyriser un cheval ou un chien, et les pauvres hommes, honteux et las d’aggraver eux-mêmes leur misère en arriveront peut-être à ne plus se dévorer entre eux ! »

Émile Zola, Paris 25 mai 1896 - Discours à la séance annuelle à la Société protectrice des animaux.

Et ce n’est probablement pas un hasard si les plus grandes âmes de l’humanité qui prirent le temps de réfléchir sur la condition animale furent très nombreuses à tenir ce genre de discours.

Une promenade himalayenne

Si vous voulez sortir vos esprits un instant des tréfonds de la situation économique mondiale, j’aimerais vous inviter à partager un voyage solitaire, encore possible aujourd’hui, vers les cimes de notre planète.

En mars de cette année, j’avais obtenu un congé assez long, sans aucune idée précise de ce que j’allais en faire. C’est en dernière minute que je me décidais pour l’Himalaya. Je ne savais pas trop à quoi m’attendre, à part des cailloux et de la neige, mais je voulais voir par moi-même cette mythique chaîne montagneuse. Pourquoi donc ne pas faire le tour du massif des Annapurna, supposé être l’un des plus beaux du monde ?

Comme je suis assez fainéant, je préfère compter sur ma chance plutôt que de me lancer de grands préparatifs souvent inutiles. Malgré la « peur de l’inconnu » qui me tordait parfois le ventre, ma préparation se limita à l’achat du Lonely Planet Nepal et d’un billet d’avion. De plus, je ne concevais pas de me lancer dans cette expédition autrement que seul.

Arrivé au Népal vers mi-mars, j’ai commencé par me poser à Pokhara (800 m). Ville lacustre entre jungle et montagne, assez touristique, mais très zen, un paradis pour les végétariens et les fans d’outdoor qui y trouvent à prix imbattables des expéditions en kayak, rafting, parapente, VTT ou cheval. Pour moi, ce fut repos et achat d’équipement. Pour la « préparation physique », je me contentais d’une traversée quotidienne du lac à la nage. Je n’avais pas envie de marcher avant d’y être obligé et cette balade amphibie me permettait de me retrouver côté jungle et d’écouter les sifflements puissants d’oiseaux invisibles sous de magnifiques arbres. 

Fuyant l’ambiance hippie de mon hôtel qui commençait à me plaire dangereusement, je me mettais en route cinq jours plus tard pour Besi-Sahar (850 m), dernier village avant plus de route. Confortablement calé parmi les bagages sur le toit du vieux bus, profitant de la vue panoramique, du soleil et de mon iPod. A l’arrivée, le bus déposa quelques trekkeurs accompagnés de leur guide et leurs porteurs… ils avaient l’air de bien connaître leur affaire. Je les suivis de loin pour me mettre sur le bon chemin, avant de les dépasser définitivement.

Le soleil brille, la montagne est magnifique, le chemin est fiable, je suis heureux, ma « peur de l’inconnu » que j’éprouvais à Paris me semble ici ridicule. Seul sur un chemin ensoleillé, les notions de futur et passé finissent par se relativiser laissant parfois entrevoir le bonheur de l’instant présent. Je crois que c’est ce que cherchent tous les marcheurs solitaires.

Je passerai ma première nuit au bord d’une rivière, au fond de la vallée que suit le chemin. Par la suite, j’utiliserai souvent les refuges qui proposent de petites chambres à des prix dérisoires. 

Pendant les dix jours suivants, transportant 17 kg d’équipement sur le dos, je suivrai le chemin bien connu des trekkeurs. Ce trek fait le tour du massif au départ de Besi-Sahar (850 m), passant par Jagat (1 400 m), Manang (3 540 m), culminant à la passe du Thorong-La (5 400 m) avant de redescendre vers Muktinath (3 800 m), Jomsom (2 700 m), Tatopani (1 190 m) pour finir vers Birethani (1 500 m) sur une distance d’à peu près 250 km.

Depuis la France, je voyais l’Himalaya comme une succession de très hautes montagnes et je ne savais pas ce que j’allais trouver à part des cailloux et de la neige. En fait, selon l’altitude, on a affaire à des paysages aussi fabuleux que différents, reliés entre eux par des ponts suspendus à la Indiana Jones et des chemins à flanc de ravins où l’on doit se battre avec d’interminables caravanes d’ânes pour ne pas se retrouver au bord du vide.

On commence par traverser des rizières en terrasse et des vallées verdoyantes, ça monte doucement et le chemin passe par de nombreux villages.

Les chemins sont d’une importance vitale dans ces régions, il n’y a pas de routes donc pas de voitures, et tout est transporté à dos d’âne ou d’homme : les fameux sherpas, qui avancent avec d’énormes paquets posés sur leur dos, maintenus avec une sangle frontale. Curieux, je demandais un jour à un jeune sherpa, pas plus de 16 ans et 55 kg tout mouillé, de me laisser soulever sa charge… je crus sentir mes cervicales exploser sous la pression tandis que le paquet ne décollait même pas du banc sur lequel il reposait.

A mesure que le chemin monte et s’enfonce plus profond dans le massif, les rizières laissent place à des jungles tropicales où l’on croise parfois des singes, puis à des forêts. Dans ces conditions, on peut parfois perdre le chemin, mais quel sentiment de liberté indescriptible que de se retrouver perdu au crépuscule dans une forêt de pins millénaires au pied de montagnes colossales ! Je n’ai jamais été inquiet car le chemin balisé de chortens et de drapeau de prières multicolores n’est jamais loin.

L’Himalaya, c’est bien sûr de la haute montagne. A partir de 4 500 m, le froid devient un vrai danger la nuit, alors plus question de bivouaquer. De plus, les symptômes du mal des montagnes peuvent apparaître. C’était ma première fois et je suis monté trop vite. Sincèrement, ce n’est pas une expérience recommandable : mal de tête quasi permanent, déshydratation, perte d’appétit et de sommeil, essoufflement au moindre effort… dans ces conditions, suivre une piste dans la neige et le soleil pendant des heures peut se transformer en calvaire. C’est très dommage car à plus de 5 000 mètres les paysages sont grandioses, notamment au point culminant, la passe du Thorong-La à 5 400 m. Je vécus la descente vers Muktinath, pourtant très éprouvante, comme une libération. 

Les derniers jours, je me retrouvais dans un paysage de steppes rappelant l’Asie centrale, puis je suivis le lit d’une large rivière asséchée au fond d’une vallée aride battue par des vents si puissants que j’entendais des petits cailloux percuter ma gamelle métallique accrochée à l’extérieur de mon sac. Puis de nouveau, des forêts de pins puis la jungle avant de me retrouver un peu hébété dans une station de bus pour retourner à Pokhara.

Les voyages sont pour moi sacrés et justifient certains sacrifices. Ils ouvrent l’esprit et sont le seul moyen de ralentir le passage du temps. Avoir pu faire cette balade à une époque où la zone était désertée des trekkeurs tout en bénéficiant d’une météo parfaite restera un de mes meilleurs souvenirs. Malheureusement, les chemins sont en perpétuels travaux d’élargissements, les véhicules motorisés entrent de plus en plus profondément dans le massif. Après dix jours de nature à peu près préservée, la vision d’animaux en cage et de camions de chantier est profondément déprimante.

A l’heure où partout dans le monde les dernières zones naturelles rétrécissent misérablement pour laisser place à des villes et des champs, la préservation de l’environnement est devenue une question de survie, mais également une question d’esthétique. Les humains peuvent déployer d’énormes efforts dépassant leurs considérations économiques pour préserver leurs patrimoines historiques ou artistiques, mais ils semblent oublier qu’aucune création artificielle ne pourra jamais égaler en splendeur ce que nous offre la nature.

La nature est la source mère de la beauté et par conséquent la seule à pouvoir nous procurer les sentiments esthétiques les plus forts dans une expérience relevant du mystique. Etre humain n’aura plus aucun sens lorsque la nature sauvage aura disparu.

PS : je ne saurais exprimer ma rage quant à la perte de mes 850 photos (carte XD grillée dans un cyber de Katmandou), mais pour avoir une bonne idée visuelle de ce voyage je vous renvoie sur l’excellent site de « Fred et Clo ».


Si vous voulez faire (presque) pareil :

  • Equipement de trekking basique, le chemin est très praticable (j’avais des sandalettes jusqu’à 4 500 m) et il y a de nombreux refuges et petites gargotes sur le chemin principal. A noter que vous trouverez tout l’équipement nécessaire (sauf les chaussures) à Pokhara pour un rapport qualité/prix imbattable.
  • Un bon sac de couchage, il n’y a pas de couverture dans les refuges.
  • Permis de trek (20 $), disponible dans l’agence de l’Annapurna Conservation Area Project de Phokara.
  • Une carte, les « pocket map » en vente à Pokhara sont suffisantes si vous restez sur le chemin principal.
  • Des jambes en bon état ou un porteur à 10 $/jour.
  • Au Népal, si vous voulez voyager sur le toit des bus, prévoyez une veste et un pantalon. Attention à ne pas se faire décapiter par les câbles électriques ou les branches d’arbres.

Journée d’un Explorateur urbain : les catacombes de Paris

Naturellement, je crois que j’ai toujours eu la fibre pour l’Exploration urbaine (Urbex). Les lieux occultés et interdits sont des mondes parallèles fascinants, avec leurs propres règles, leurs faunes et leurs dangers. Logiquement, je me suis senti « appelé » par les catacombes à mon arrivée à Paris. C’est le récit d’une découverte d’un point de vue solitaire, égocentré, que je vous propose.

Une des règles d’or de la cataphilie est de ne jamais révéler publiquement les emplacements des entrées. Il aura fallu sur internet, après des heures de recherches, recouper des photos de sites cataphiles amateurs avec celles d’un site touristique parisien pour obtenir une indication des lieux permettant enfin d’envisager une reconnaissance de terrain.

Par un beau samedi après-midi, je remplis un petit sac à dos d’hydratation noir avec une lampe frontale, une boussole, une dague, un briquet, des crochets de serrures, un plan de Paris, un bonnet noir et des barres de céréales. Je porte des vêtements respirant tirant sur le bleu nuit (moins visible que le noir par basse luminosité) et de discrètes chaussures de trail. C’est une panoplie qui n’attire pas l’attention en ville mais reste très efficace en tout terrain. Ayant toujours agit seul dans mes expériences passées, j’attache une importance maladive à mon équipement car il devient vite le seul compagnon sur qui compter. Je préviens tout de même un ami en lui demandant d’avertir la gendarmerie au cas où il n’aurait pas de nouvelles de moi avant minuit et je me mets en route, n’ayant aucune idée de ce qui allait se passer.

 

 

J’ai d’abord visé à côté de la plaque : métro Ballard, je pensais trouver une entrée sur une ligne de chemin de fer désaffectée, dont la présence invisible du sol m’avait été confirmée par Google Earth (48°50’11.16"N 2°16’40.82"E). J’étais loin du compte pour les catacombes mais cette ligne de chemin de fer désaffectée représente à elle seule un monument incontournable et facile d’accès de l’exploration urbaine à Paris. C’est la Petite Ceinture, dite « PC », le plus grand terrain vague de France en plein Paris. C’est joli, en fait, plus j’avance vers l’est, plus c’est joli. Je me promène à mi-hauteur d’immeubles, mais les bruits de la circulation paraissent lointains, je suis entouré de verdure, des lézards prennent le soleil sur les rails désormais inutiles, les oiseaux chantent, le soleil brille, je suis très satisfait de ma première découverte : une immense zone de verdure sauvage en plein Paris !

Ce n’est que plus tard, plus loin, et après de petites acrobaties, que je me trouve enfin devant ce que je cherchais : une petite cavité entourée de tags et de déchets sur le coté d’un long tunnel noir et humide. Il n’y a plus qu’à entrer. J’installe ma lampe frontale, un modèle permettant de focaliser la lumière d’une LED à haute puissance garantissant une cinquantaine d’heures d’autonomie. Avec le temps « perdu » sur la Petite Ceinture, je me rends compte que la nuit est tombée au bout du tunnel, mais de toute façon, là où je veux aller, même la nuit ne pourra rivaliser d’obscurité. Je prends une dernière bouffé d’air frais et je me glisse dans l’ouverture.

Le plafond est bas. Il faut quasiment ramper sur une vingtaine de mètres avant d’accéder à une première vraie galerie. Là, le plafond en roche calcaire est assez haut, disons que malgré mes 1m95 je ne dois me pencher qu’épisodiquement, mais mon bonnet est une protection bienvenue. Les murs sont des murs, c’est-à-dire un empilement régulier de roches taillées, et le sol est légèrement boueux. Il y a parfois des flaques d’eau sur plusieurs mètres. L’eau des flaques est trouble, ce qui signifie que quelque chose, probablement un humain, est passé il y a moins d’une heure. Le nombre de traces de semelle dans la boue indique en effet une fréquentation assez importante. Je suis dans le GRS mais je n’ai aucune idée précise de l’endroit.

Plus loin, la galerie débouche sur le boulevard Jourdan, enfin, sa version souterraine. Sur la paroi, il y a une plaque comme on en voyait à la surface au début du siècle qui l’indique. Je constaterai plus tard que le nom de quasiment toutes les galeries est indiqué avec le nom de la rue qui, je suppose, est au dessus. Parfois il s’agit d’une plaque en ruine, parfois le nom est directement gravé dans la roche. Le « boulevard Jourdan » continue loin, très loin, enfin, je comprends que les notions d’espace-temps sont modifiées dans ces conditions troglodytes.

Il ne fait pas froid, j’ai rangé ma polaire dans mon sac et je suis en T-shirt (en fait la température est de 15°C toute l’année). Au bout de quelques mètres dans ce tunnel, je m’assoie tant bien que mal et j’éteins ma lampe pour m’imprégner de l’environnement. Sans surprise, l’obscurité et le silence sont massifs et m’enveloppent immédiatement.

Il faut normalement compter un quart d’heure pour que la pupille de l’œil humain atteigne son ouverture maximale, et par très basse luminosité il est impératif de maintenir les yeux en mouvements saccadés afin de percevoir des contrastes invisibles autrement. Ici c’est inutile, aucune source lumineuse naturelle n’est jamais parvenue dans ces lieux.

 

De temps à autre, on peut entendre une goutte tomber dans une flaque, le son se réverbère contre les parois humides durant une demi-seconde. Au bout de quelques minutes, un grondement sourd et lointain se fait entendre. J’ai déjà connu cette clameur souterraine : une nuit où j’étais entré dans les fondations d’un pont en construction en Espagne, cela m’avait tellement effrayé que j’étais remonté tout courant poursuivi par ce bruit inconnu. Il s’agit en fait d’un véhicule lourd évoluant sur des rails, ses vibrations sont perceptibles très loin sous terre. D’où je suis, je suppose que cela peut-être la ligne de tram, à moins qu’il ne s’agisse d’un métro. Le grondement s’éloigne puis disparaît après quelques secondes, en même temps que mes bons souvenirs, car déjà un autre bruit tout aussi identifiable se fait entendre : des humains.

Tout d’abord, dans ce genre de situation, il importe de garder son calme. Le plus probable est que les intrus sont des intrus tout comme moi, et que cela nous fait déjà un point commun. Et s’ils sont méchants, comment peuvent-ils savoir si je ne suis pas plus méchant qu’eux ? L’essentiel est de ne pas avoir peur mais de toujours rester sur ses gardes. Il s’agit de deux jeunes hommes, moyennement équipés mais semblant être des habitués des lieux. Ils s’expriment correctement et ne présentent pas d’indice inquiétant. Malheureusement, ils n’ont pas l’air trop surpris de rencontrer quelqu’un, ça doit être assez fréquent. Ils le sont nettement plus d’apprendre que c’est ma « première descente », seul. Alors nous parlons un peu et ils m’expliquent les gravures de l’inspection des carrières, les descentes de gendarmes, la nappe phréatique (on a les pieds dedans) et autres secrets à garder sur les entrées. Ce sont des cataphiles.

Dans le futur, j’en rencontrerai beaucoup d’autres. La vie animale est quasi nulle dans les galeries, même si l’on peut parfois croiser un groupe de spéléologues ou un explorateur urbain solitaire, les cataphiles constituent l’espèce dominante. Ils évoluent par groupe de 2 à 6 individus, pour la plupart des mâles assez jeunes portant de longues bottes de pêcheur, des sacs étanches et des frontales à LED aux piles fatiguées. Les plus extrémistes d’entre eux continuent à utiliser de vieilles lampes à acétylène qui diffusent une lumière indéniablement plus chaleureuse. Très souvent ils transportent une mini chaîne hi-fi ne jouant que des groupes alternatifs ou underground (ce qui permet de les localiser de loin) qu’ils laissent allumer en permanence. Ils rôdent toute la nuit sous la capitale s’arrêtant dans des salles au nom évocateur de Byzance, Sarko, Château de sable ou Fantôme pour les « restaurer ». En effet, ils portent souvent une brosse en métal pour nettoyer les tags indésirables mais certains taillent et scie carrément la roche pour construire des puits, des bancs ou des tables basses. Ils viennent le plus souvent pour fumer, boire ou se reposer dans une bâche ou un vieux sac de couchage et les bougies deviennent leur instrument de mesure du temps. Ils passent régulièrement leur nuit « en dessous » et certains peuvent rester plusieurs jours. Le dimanche, certains apprécient donc qu’on les informe sur la météo ou les dernières nouvelles. Si certains ont l’air patibulaire, ils sont toujours prêts à partager ce qu’ils ont : joint, alcool, nourriture et leur passion des catas. Sous leurs déguisements d’égoutiers hippies, ils savent faire preuve d’une érudition impressionnante sur l’histoire des carrières de Paris.

Mes nouveaux copains me proposent de m’emmener voir le « passe-muraille », c’est tout près. J’ai déjà lu sur internet des descriptions de cette œuvre mystérieuse et j’accepte leur proposition. Nous prenons une nouvelle galerie, pour le coup complètement inondée, un « banga » comme ils les appellent (l’eau peut monter jusqu’au nombril dans les plus profonds). Il y a de petites stalactites en rideaux sur les côtés et on peut même voir des fossiles de petits coquillages incrustés dans le plafond. Au bout de 5 minutes ils s’arrêtent et la lumière de ma lampe se reflète sur un membre humain d’une blancheur cadavérique sortant de la paroi. C’est le « passe-muraille ». Une statue d’un homme nu dont le torse et les membres émergent du mur. L’effet est très saisissant, presque hypnotique, mais pas suffisamment pour je n’entende pas mes « guides » se carapater à toute vitesse dans une galerie parallèle à celle que nous venons d’emprunter. Dans ce genre de situation, il s’avère important de savoir faire le point rapidement.

Durant mes recherches sur internet qui remontaient à deux ans - il y a eu un décalage indépendant de ma volonté entre la collecte d’infos et la reconnaissance de terrain - j’avais lu sur un site que certains cataphiles jouaient parfois à « perdre » les explorateurs téméraires. J’ai déjà remarqué que ces détails insignifiants qu’on croyait oubliés peuvent revenir en mémoire à la vitesse de la lumière dans ce genre de situation. Rattraper mes tourmenteurs amateurs quitte à les tourmenter ensuite, me paraissait tout de même plus souhaitable que de me retrouver perdu à 30 mètres sous terre. Car je me serais perdu, la première fois, toutes les galeries se ressemblent.

Je détale à leurs trousses et éteins ma lampe (les reflets de leurs lampes me suffisent et sans lumière ils ne sauront pas à quelle distance je les talonne). Ils prennent une petite ouverture latérale, mais j’ai repéré la manœuvre, leur tentative à échouée. Les rapports se tendent deux secondes quand je leur demande l’air de rien si on a emprunté le même chemin qu’à l’aller. Ils me répondent « oui, pourquoi ? » en faisant semblant de s’intéresser à un puits. Pour rien. J’apprendrai plus tard en étudiant des cartes de l’Inspection Générale des Carrières que le chemin n’était pas le même mais que je n’aurais pas non plus pu me perdre « gravement » à cet endroit. Il s’agissait très probablement d’une blague de potache ayant fait long feu, heureusement quand même.

En rejoignant le boulevard Jourdan, ils croisent un groupe d’amis qu’ils semblaient attendre et me proposent de les accompagner. Je les suis jusqu’à leur première pause mais je les laisse poursuivre sans moi lorsqu’ils décident de s’aventurer dans une zone de galeries labyrinthiques.

Ca aura été une journée mémorable et de toute façon c’est décidé, je reviendrai avec une carte et du matériel plus lourd.

 

*****

Le but de l’Urbex est d’atteindre et d’explorer des lieux interdits de la manière la plus discrète possible. Ce n’est pas une activité sans risques. J’ai toujours agi seul et la plupart du temps de nuit. Avec le temps j’ai appris l’utilisation de cordes et de harnais, l’escalade, le camouflage (vestimentaire et olfactif) et toutes sortes de techniques de survie, d’orientation et d’infiltration plus ou moins avouables qui m’ont permis de m’aventurer sereinement, seul, dans les catacombes.

Si la pratique de l’ « urbex » vous intéresse, réfléchissez bien, c’est une activité souvent illégale et dangereuse qui le sera bien plus si vous n’avez pas un minimum d’expérience et de technique.

Crise alimentaire mondiale : la faute à la viande

Je me fais le relais d’André Méry, président de l’Association Végétarienne de France, pour porter à votre connaissance ce communiqué. Il rappelle quelques faits souvent oubliés, plus ou moins volontairement, par la large majorité des "experts" chargés d’analyser le douloureux problème de la crise alimentaire mondiale.

Les économistes, écologistes et experts mondiaux qui débattent de la pénurie alimentaire actuelle semblent étrangement frappés de cécité. Chacun y va de ses facteurs climatiques, financiers ou politiques, et personne ne voit le principal :

- Si les humains meurent de faim, c’est parce que les animaux d’élevages industriels mangent comme quatre !

Plus de 750 millions de tonnes de céréales sont destinés aux animaux d’élevage, qui sont un gouffre à calories et protéines, avec des pertes de plus de 80 % entre ce qu’on leur donne et ce qu’on en retire. La presque totalité du soja cultivé dans le monde est destiné aux animaux. Mais 850 millions de personnes souffrent toujours de la faim ; et douze ans après le Sommet mondial de l’alimentation [1996] qui promettait de réduire de moitié le nombre de personnes sous-alimentées dans le monde d’ici à 2015, ce nombre est aujourd’hui plus élevé dans les pays en développement qu’il ne l’était en 1996.

- Avec ce que l’on gaspille pour obtenir à tout prix des produits animaux, on pourrait nourrir 2 milliards de personnes.

Toutes les calories d’origine végétale produites pour les humains dans le monde le sont sur moins d’1/4 des terres agricoles mondiales, le reste étant dédié au bétail. Or il est produit 5 fois plus de calories végétales que de calories animales. La réalité, c’est qu’il faut près de 20 fois plus de superficie pour fournir une calorie animale que pour fournir une calorie végétale.

- Entretenir des animaux d’élevage est une entreprise d’un rendement exécrable et scandaleux.

En 2002, dans son document « Cahier 9 - Nourrir son monde », l’Association Végétarienne de France montrait qu’à chaque fois qu’on accepte une journée sans produits animaux, on dégage assez de terre agricole pour nourrir une autre personne… Aujourd’hui, le monde s’inquiète de savoir comment nourrir les 9 milliards d’humains prévus en 2050. Le monde ferait mieux de s’inquiéter du fait que si le nombre d’animaux d’élevage croit sur les 40 ans à venir comme il a cru sur les 40 ans passés, il faudra en 2050 nourrir aussi 36 milliards d’animaux.

Pourquoi ? Parce que les pays émergents se laissent tenter par les protéines animales : se préparent ainsi un désastre écologique, un désastre économique et un désastre pour la santé. En France, les 2/3 des protéines alimentaires produites sont d’origine animale. Montrons l’exemple ! Subventionnons les productions végétales ; réservons les terres agricoles aux humains ; réduisons notre empreinte écologique ; améliorons notre santé. Adoptons une consommation responsable ! ?

- Dans l’étude des effets néfastes de la consommation de viande sur la planète, les végétariens ont été des pionniers. Écoutons-les avant que le désastre soit irrémédiable.

Communiqué de presse de l’Association Végétarienne de France

www.vegetarisme.fr

Une vérité qui dérange Al Gore

Après le remarquable documentaire d’Al Gore sur le réchauffement climatique, une polémique est née aux Etats-Unis suite aux attaques d’associations lui reprochant de passer volontairement sous silence les sources d’émissions de gaz à effet de serre bien plus polluantes que tous les transports réunis et bien plus facile à éviter.

 

Il faut tout d’abord commencer par reconnaître le formidable tremplin qu’aura donné Al Gore à la dénonciation du problème du réchauffement planétaire. Il aura fait un travail mémorable de communication et d’information qui a fait date. Ca, on ne pourra jamais le lui enlever. Mais peut-être va-t-il falloir se passer de son exemple [1] pour agir concrètement.

Il n’est donc pas question de remettre en cause la pédagogie et la valeur informative du documentaire Une vérité qui dérange. Mais, au long du documentaire, quelque chose d’autre que le réchauffement climatique peut déranger : on y entend en effet la voie torturée par l’angoisse des conséquences de nos actes d’un Al Gore voyageant en business class [2] ou conduisant sa grosse berline à travers l’élevage bovin de ses parents.

Il y a là une distance astronomique entre le discours et l’action qui n’a pas échappé non plus aux associations de défense des animaux qui l’attendaient au tournant.

En effet, peu de temps après la sortie du documentaire, des critiques ont commencé à pleuvoir de la part notamment des associations de droits des animaux Humane Society et de PETA, car ces dernières surfent désormais sur la vague écolo avec un argument massue :

Confirmé récemment par un rapport de l’ONU, la consommation de viande [3] est une cause incontournable du réchauffement climatique, selon certains calculs elle y contribuerait deux fois plus que tous les modes de transports réunis. Pour l’illustrer, des géophysiciens de l’université de Chicago ont calculé que le passage à un régime sans viande est nettement plus efficace écologiquement que de rouler en voiture hybride. Passer ce fait sous silence reviendrait donc à utiliser les mêmes méthodes de désinformation que M. Gore dénonce dans son documentaire.

Et ce n’est « que » la contribution au réchauffement planétaire de l’élevage qui est mise en avant. La transformation artificielle d’eau, d’hydrocarbures et de végétaux en barquette de viande a d’autres impacts tout aussi désastreux écologiquement. Plus de la moitié des surfaces agricoles y sont dédiées en France, et d’autres pays, pour accompagner la croissance de la demande mondiale, transforment des écosystèmes uniques en pâturage et culture fourragère (par exemple l’Amazonie, rongée par les pâturage et la culture de soja dont 90 % est destinée à l’alimentation du bétail notamment européen et américain). Le gaspillage d’eau : 70 % de l’eau potable y est détournée rien qu’en France [4]. Sans compter que la concentration d’animaux affaiblis dans les élevages industriels est un formidable terrain de développement pour des maladies transmissibles à l’homme (vache folle, grippe aviaire...). Dans l’avenir, il risque d’être difficile de revendiquer l’addition écologique de cette mauvaise habitude alimentaire sans mourir de honte.

Qu’en dit le héros du refroidissement planétaire ? Pas un mot... si, il a le courage de demander à ses auditeurs de changer d’ampoules électriques pour des modèles à basse consommation ou de s’acheter une voiture hybride s’ils en ont les moyens, il ne leur dit pas que le moyen le plus rapide et efficace pour diminuer leur participation aux émissions de gaz à effet de serre serait de diminuer leur consommation de viande.

Est-il tenu par les tout-puissants lobbies de l’agro-alimentaire et pharmaceutiques américains ? Possible, pourtant il dénonce clairement les lobbies pétrolier et automobiles dans son documentaire. Est-il comme beaucoup d’humains avançant en âge, paniqué par la perspective de changer profondément ses habitudes ? Est-il juste ignorant ?

C’est tout de même assez troublant de la part de quelqu’un se prétendant profondément concerné par la juste cause de l’écologie.

Ces associations ont profité de la situation pour ressortir la trop avant-gardiste litanie sur les bienfaits du végétarisme [5]. La dimension éthique ou diététique conduisant à l’exclusion totale de la viande effraie souvent plus qu’elle n’attire, et malgré sa justesse elle participe souvent à la décrédibilisation du discours aux yeux de la majorité qui ignore pourtant tout de ce mode de vie. Leur travail d’information aura pourtant porté et la polémique a été reprise par le International Herald Tribune et le New York Times. Comme d’habitude, les médias français auront profité de l’occasion pour ne rien dire. Trop dérangeant ?

Aucun geste n’est inutile. Toutefois, il faudra tôt ou tard avoir l’honnêteté intellectuelle de bien vouloir admettre l’impact indéniable de la surconsommation de viande sur l’environnement et la santé et de faire l’effort d’en manger moins. Se focaliser uniquement sur les ampoules électriques ou les voitures hybrides risque d’être fort insuffisant. Qu’Al Gore le veuille ou non, la lutte contre la pollution et le réchauffement planétaire ne pourra pas sauter la case de la remise en cause de nos habitudes alimentaires.

 

Epilogue de la polémique :

Diminuer sa consommation de viande - le geste le plus simple, rapide et efficace pour diminuer son empreinte écologique et ses émissions de gaz à effet de serre - sera désormais "suggéré" à la page 317 du livre Une vérité qui dérange...

 

[1] En plus de l’objet de cet article, il apparaîtrait que le foyer des Gore consommerait 20 fois plus d’énergie qu’un foyer américain moyen. Polémique reprise par L’Express. A noter également la publicité passive pour Apple (dont M. Gore siège au comité de direction) qui est la marque la plus mal notée par Greenpeace dans son classement des marques high-tech utilisant des composants toxiques.

[2] « L’avion charter bien rempli, sans classe affaire, est peut-être douloureux pour les jambes, mais il est plus sobre pour le climat, par rapport aux nombres de passagers transportés. » IFEN

[3] Par « la viande », c’est l’élevage intensif ou extensif, nécessaire pour fournir en viande les concentrations urbaines qui est en cause. Si vous êtes un inuit ou un pygmée vous n’êtes pas concerné par la problématique.

[4] Rapport ministériel « agriculture et environnement » 2005

[5] Pour ceux que le débat intéresse, les bienfaits du végétarisme (surtout si les végétaux sont produits localement et de saison) sont avérés pour la santé des humains, pour l’environnement, l’eau, les forêts, les animaux et aussi pour les carottes et les laitues, nul besoin d’être un génie ou un dictateur omnivore pour comprendre.

 


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